Bérénice, port de la mer Rouge : fiche complète

Planche interprétative consacrée à Bérénice, port de la mer Rouge
Composition interprétative non métrique ; les positions et proportions ne constituent pas un relevé de fouille.

Identification et localisation

Bérénice (Trogodytika) se trouve sur la côte égyptienne de la mer Rouge, à environ 260 kilomètres à l’est d’Assouan et 825 kilomètres au sud-sud-est de Suez ; l’oued Mandit en marque la limite occidentale. Des pistes du désert Oriental la reliaient au Nil, à Coptos (Quft) et à Apollonopolis Magna (Edfou). C’est le seul emporion hellénistique de la mer Rouge attesté archéologiquement, alors que les textes mentionnent une douzaine de fondations ptolémaïques sur la côte africaine.

Un fort lagide pour les éléphants de guerre

Pline l’Ancien (Histoire naturelle VI, 33, 168) attribue la fondation à Ptolémée II Philadelphe, qui donna au port le nom de sa mère. Le fort ptolémaïque, à l’ouest du site, mesurait environ 150 mètres du nord au sud sur 80 d’est en ouest et comptait au moins trois cours. Sa tour nord-ouest, d’environ 5 × 5 mètres, avait des murs de 0,8 à 0,9 mètre d’épaisseur en blocs de gypse-anhydrite et gros morceaux de corail ; des murs un peu plus récents emploient un grès extrait à 300–500 mètres au nord de la ville. Un fossé en V taillé dans le rocher, sans enduit hydraulique, associé à des molaires d’éléphant, est interprété comme un enclos pour les animaux débarqués des navires spécialisés (elephantegoi) ; des fragments de crâne d’un éléphant juvénile ont été trouvés dans le secteur du rempart nord. Le fort a connu trois phases en 75 ans environ (vers 275–200 av. J.-C.) et abritait la fonte et le travail d’alliages cuivreux et du plomb. Un rempart nord d’environ 180 mètres, doublé au nord-ouest, fermait l’unique approche terrestre.

L’emporion romain de l’océan Indien

À l’époque romaine, le port reçut les marchandises d’Arabie du Sud et d’Inde. Les fouilles ont livré près de 8 kilogrammes de poivre noir du Ier siècle apr. J.-C. (découverts en 1999), du teck d’Inde du Sud, du cèdre du Liban, des céramiques, textiles et perles indiens, des saphirs, ainsi qu’un cimetière d’animaux de compagnie. Le temple d’Isis et de Sérapis, du Ier siècle apr. J.-C., est le plus grand sanctuaire de la ville ; probablement détruit par des séismes, il a livré des têtes de marbre imitant l’art du Gandhara, une grande statue du dieu méroïtique Sebyu Meker et un buste de Sérapis en teck doré, sans doute taillé dans un mât.

La Bérénice des Blemmyes

À partir de la fin du IVe siècle apr. J.-C., les Blemmyes contrôlèrent le port politiquement et économiquement. Au nord de la ville, un grand bâtiment précédé d’une cour et entouré de chapelles a livré une inscription financée par Mochosak, interprète du roi blemmye Isemne. Le site fut abandonné avant 550 environ, sans réoccupation ultérieure.

Une fouille internationale depuis 1994

Les fouilles ont commencé en 1994 sous la direction de Steven E. Sidebotham (université du Delaware), d’abord avec l’université de Leyde (1994–2001), puis avec l’université de Californie à Los Angeles (2001–2008), et depuis 2008 avec le Centre polonais d’archéologie méditerranéenne de l’université de Varsovie (codirection d’Iwona Zych). Le temple d’Isis et de Sérapis fait l’objet d’un programme mené par Rodney Ast (Heidelberg), Olaf Kaper (Leyde) et Martin Hense (Berenike Foundation).

Rivage, rempart sud et plan de ville

Un rempart à tours carrées côté port, suggéré par la géophysique, n’est pas encore confirmé par la fouille, et le plan géophysique révèle de vastes secteurs inexplorés. La date précise de fondation reste à affiner : les fouilleurs situent les premières couches au IIIe siècle av. J.-C., en accord avec Pline.

Sources principales

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Marek A. Woźniak, Steven E. Sidebotham et al., « Ptolemaic Berenike: Resources, Logistics, and Daily Life in a Hellenistic Fortress on the Red Sea Coast of Egypt », American Journal of Archaeology 125/2, 2021 ; Uncovering the secrets of Berenike, université du Delaware ; Discoveries of the Polish Centre of Mediterranean Archaeology in Berenike, université de Varsovie, 2020.

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