Taposiris Magna et Plinthine, établissements du lac Maréotis

Illustration du site Taposiris Magna et Plinthine, établissements du lac Maréotis
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

À 45 kilomètres à l’ouest d’Alexandrie, Taposiris Magna (aujourd’hui Abousir) et Plinthine (Kôm el-Nogous) s’étirent sur la rive nord du lac Maréotis, l’actuel lac Mariout. Les deux villes tournent le dos à la Méditerranée et descendent du cordon rocheux, la taenia des auteurs anciens, jusqu’aux berges du lac. Elles sont distantes d’environ 2,2 kilomètres à vol d’oiseau, Plinthine à l’est. Leur intérêt tient à leur position : elles ont marqué, sur la longue durée, la frontière occidentale de l’Égypte, d’abord à Plinthine à l’époque pharaonique, puis, sans doute à partir de l’époque ptolémaïque, à Taposiris.

Ce que l’on découvre

À Taposiris, l’enceinte du temple d’Osiris occupe la hauteur. En contrebas, sur la terrasse dite « Breccia », se côtoient des bains grecs à double rotonde, une nécropole d’animaux momifiés et une maison à péristyle : des formes grecques et des traditions égyptiennes dans le même quartier. Plus bas encore, vers le lac, la ville basse gardait un port fermé, avec jetée, entrepôts et bassin. La « tour des Arabes », enfin, est le tombeau d’un notable d’époque hellénistique qui reprend le modèle du phare d’Alexandrie au quart ou au cinquième de sa taille.

À Plinthine, le kôm en fer à cheval domine la crête. La nécropole hellénistique, à environ un kilomètre à l’ouest de la ville, occupe une colline d’où l’on voit à la fois la mer et le lac ; elle compte moins d’une centaine de tombes creusées dans le rocher, parfois de vastes hypogées desservis par un escalier et bordés de loculi.

Ce qu’il faut regarder

Le vestige le plus singulier est un fouloir à raisin mis au jour au printemps 2016 sur le flanc est du kôm de Plinthine. Installé dans une pièce voûtée, il se compose d’une plateforme de foulage et d’une cuve de recueil, toutes deux en blocs de calcaire fin soigneusement appareillés. Daté par la céramique du début de l’époque saïte, c’est le fouloir pharaonique le mieux conservé connu en Égypte ; ses meilleurs parallèles sont les scènes de vendange peintes dans la tombe de Nakht (TT 52), à Thèbes. Il donne du poids à un texte d’Hellanicos, auteur grec du Ve siècle av. J.-C., qui plaçait à Plinthine l’invention de la culture de la vigne.

Son histoire

Plinthine fut occupée au moins depuis le Nouvel Empire, avec une phase très active à l’époque saïto-perse, puis abandonnée à l’époque romaine. Taposiris prit le relais du début de l’époque hellénistique jusqu’à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle apr. J.-C. Une tradition tardive, rapportée par le Pseudo-Callisthène, veut qu’Alexandre y ait sacrifié à Osiris au retour de Siwa. En 41 apr. J.-C., l’empereur Claude compte la ville parmi les « portes de l’Égypte », avec Alexandrie et Péluse : un mur barrait la crête pour contrôler les caravanes, tandis que le port lacustre obligeait les bateaux à passer par un bassin fermé.

Evaristo Breccia fouilla la terrasse en 1905–1906 ; la mission française, fondée en 1998, étudie les deux sites avec l’IFAO. Plusieurs questions restent ouvertes, comme la fonction du grand bâtiment hellénistique du centre du kôm de Plinthine, interprété comme un temple. Quant aux hypothèses médiatiques sur une tombe royale à Taposiris, elles ne valent pas démonstration tant qu’aucune inscription ni aucun contexte fouillé ne les appuie.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Carnet de la mission française de Taposiris Magna et Plinthine, Hypothèses / OpenEdition ; Bérangère Redon, Matthieu Vanpeene et Mikaël Pesenti, « La vigne a été inventée dans la ville égyptienne de Plinthine », BIFAO 116, 2017 ; Marie-Françoise Boussac, « Recherches récentes à Taposiris Magna et Plinthine, Égypte (1998–2006) », CRAI, 2007.