
Identification et localisation
Taposiris Magna correspond au site d’Abousir, Plinthine au Kôm el-Nogous, sur la rive nord du lac Maréotis (lac Mariout), à 45 kilomètres à l’ouest d’Alexandrie. Les deux agglomérations s’étendent sur les pentes du cordon de grès pléistocène, la taenia, qui sépare la Méditerranée de la dépression du lac ; elles sont distantes de 2,2 kilomètres à vol d’oiseau, Plinthine à l’est. Le site satellite de Rahim se trouve à 900 mètres de Plinthine, près du lac. L’identification de Taposiris est assurée par des inscriptions, dont une base de statue trouvée par Evaristo Breccia en 1905–1906, portant une dédicace à Isis par les prêtres de Taposiris. Celle de Plinthine, sans document écrit trouvé sur place, repose sur la topographie et sur les textes classiques (golfe de Plinthine chez Hérodote, invention de la vigne chez Hellanicos).
Plinthine, un kôm du Nouvel Empire à l’époque hellénistique
Le kôm est occupé au moins depuis les XVIIIe et XIXe dynasties ; une stèle dédiée par Séthi II y a été retrouvée. Au centre du kôm (secteur 7), les fondations d’un grand édifice de pierre sont interprétées comme celles d’un temple. En 2019, dix inscriptions hiéroglyphiques y ont été découvertes, dont deux au nom de Ramsès II ; sept blocs en relief dans le creux, portant ses cartouches et taillés dans la pierre locale, suggèrent qu’un temple fut construit sur place ou à proximité sous son règne. Des niveaux du VIIIe siècle av. J.-C. ont été atteints, puis une occupation dense d’époque saïto-perse (du VIIe au Ve siècle av. J.-C.), avec un quartier d’habitation et le fouloir à raisin découvert en 2016 dans le secteur 6, le mieux conservé de l’époque pharaonique. À l’époque hellénistique, une vaste tranchée détruisit la plupart des niveaux antérieurs pour l’installation d’un grand bâtiment rectangulaire, identifié comme un temple et démantelé à l’époque romaine. Une villa viticole ptolémaïque de 14,35 × 14,46 m, construite autour d’un fouloir, fut abandonnée à la fin de l’époque ptolémaïque. La nécropole hellénistique, à un kilomètre à l’ouest, mesure environ 100 × 50 m et compte moins d’une centaine de tombes, utilisées au moins aux IIIe et IIe siècles av. J.-C.
Taposiris, porte occidentale de l’Égypte
Taposiris se développe du début de l’époque hellénistique jusqu’à son abandon à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle apr. J.-C. La ville haute réunit le temple d’Osiris et la terrasse Breccia, où voisinent bains à tholos, nécropole d’animaux momifiés et maison à péristyle. La « tour des Arabes » est la tombe d’un notable hellénistique reproduisant le phare d’Alexandrie au quart ou au cinquième. Claude, en 41 apr. J.-C., range Taposiris parmi les « portes de l’Égypte » ; un « mur des Barbares » barrait la crête et un port fermé contrôlait le trafic lacustre. À l’époque byzantine, la ville se reconstruit sur les vestiges du Haut-Empire, le port est réaménagé ; une demeure aristocratique fouillée en 1975 par une équipe américaine a été datée du VIe siècle apr. J.-C. en 2022.
De Breccia à la mission française
Les cartes de l’Expédition d’Égypte signalent déjà, à Taposiris, une « enceinte quarrée » et la « tour des Arabes ». Breccia explora la terrasse en 1905–1906 et publia ses résultats en 1914 ; Achille Adriani mena une campagne rapide à Plinthine en 1937. La mission française de Taposiris Magna et Plinthine (MFTMP), fondée en 1998 par Marie-Françoise Boussac, qui la dirigea jusqu’en 2018, est aujourd’hui codirigée par Bérangère Redon (CNRS, HiSoMA) et Joachim Le Bomin (IFAO), avec le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités, l’IFAO et le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères.
Terroir, frontière et menaces
La mission étudie la viticulture, les terres agricoles anciennes, l’hydraulique urbaine et la transition byzantino-islamique à Taposiris. Une monographie sur les niveaux saïto-perses de Plinthine a été déposée aux presses de l’IFAO en 2025. La construction d’une autoroute sur le lac Mariout fait disparaître rapidement des vestiges portuaires, que la mission documente par photographie aérienne.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Taposiris Magna et Plinthine, Institut français d’archéologie orientale ; Bérangère Redon et al., « Taposiris Magna et Plinthine (2019) », Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger, OpenEdition ; Bérangère Redon, Joachim Le Bomin et al., « Taposiris Magna et Plinthine (2024) », Bulletin archéologique des Écoles françaises à l’étranger, OpenEdition.