
En quelques mots
Abou Mena s’étend en bordure du désert, au sud-ouest d’Alexandrie, au-delà du lac Maréotis, à une cinquantaine de kilomètres de la ville. Le site s’est formé autour du tombeau de saint Ménas, martyr de la persécution de Dioclétien. Entre le Ve et le VIIe siècle, il devint l’un des premiers et des plus grands centres de pèlerinage chrétiens ; l’Institut archéologique allemand du Caire y reconnaît le plus vaste ensemble d’églises du Proche-Orient. Ce n’était pourtant ni une cité au sens juridique ni un monastère, mais une agglomération entière qui vivait du culte d’un saint et de l’accueil de ceux qui venaient le prier.
Ce que l’on découvre
Le paysage est celui d’un vaste champ de ruines basses : des plans au sol, quelques pans de murs, du calcaire, de la brique, du mortier et du marbre. Au centre, trois édifices s’alignent d’ouest en est : le baptistère, l’église du Martyr bâtie au-dessus du tombeau et la Grande Basilique, une basilique à transept commencée vers la fin du Ve siècle. Au nord de l’église s’ouvrait une grande cour rectangulaire réservée aux pèlerins, bordée d’hôtelleries. On y parvenait par une longue voie processionnelle, flanquée de colonnades derrière lesquelles se trouvaient boutiques, entrepôts et deux bains publics.
Autour de ce quartier religieux s’étendait la ville ordinaire : des maisons de brique crue, parfois très vastes, des ateliers, des citernes, des pressoirs à huile et à vin, des fours de potiers. À environ 1,6 kilomètre, l’église de l’Est était entourée de petites cellules à deux pièces, qui servaient d’ermitages.
Ce qu’il faut regarder
Le cœur du site est souterrain. Sous l’église du Martyr s’ouvre un hypogée plus ancien que le sanctuaire, dont une tombe voûtée en arcosolium était vénérée comme celle de Ménas. Au VIe siècle, le sol de la crypte fut abaissé d’environ 1,2 mètre, une petite salle à coupole, la confessio, fut aménagée devant la tombe et un second escalier fut creusé pour séparer l’entrée de la sortie : la foule pouvait ainsi faire le tour du tombeau sans se croiser. Au sud de l’église, une cour semi-circulaire à colonnade desservait des pièces presque équidistantes de la crypte ; Peter Grossmann y voit probablement des chambres de repos pour les malades venus chercher la guérison.
Le second détail tient dans la main. Les « ampoules de saint Ménas », petites gourdes de terre cuite moulée (celle du Metropolitan Museum mesure 10 centimètres de haut), servaient à rapporter chez soi de l’eau ou de l’huile bénite du sanctuaire. Leur décor montre le saint entre deux chameaux, ceux qui, selon la tradition, ramenèrent son corps en Égypte pour y être inhumé. On en a retrouvé dans une grande partie du monde antique ; leur dispersion mesure le rayonnement du culte plus que les trajets de chaque pèlerin.
Son histoire
Les récits de fondation ne remontent qu’au VIIe siècle et attribuent à des empereurs, de Jovien à Zénon, des églises et des hôtelleries que l’archéologie ne permet pas de confirmer. Les fouilles montrent en revanche une croissance continue, depuis un modeste monument de la fin du IVe siècle jusqu’aux grands chantiers du VIe siècle. Les édifices furent ravagés par le feu au VIIe siècle, probablement lors de l’invasion perse de 619. Après la conquête arabe (639–641), une grande partie de la population quitta les lieux ; l’église fut encore reconstruite au VIIIe siècle, avant l’abandon du site au IXe siècle.
Les fouilles commencèrent en 1905, et l’Institut archéologique allemand y travaille depuis 1961. Inscrit au patrimoine mondial en 1979, Abou Mena fut placé en 2001 sur la Liste du patrimoine mondial en péril : l’irrigation des terres voisines faisait monter la nappe phréatique, qui menaçait des maçonneries fragiles. Un système de drainage et de pompage alimenté à l’énergie solaire, installé en 2021, a stabilisé la nappe, et le site a été retiré de cette liste en juillet 2025. Le nom antique de la ville, lui, reste inconnu.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : The largest early Christian pilgrimage site of the ancient world, Institut archéologique allemand (DAI) ; Ampoule de saint Ménas (27.94.19), Metropolitan Museum of Art ; Abu Mena Rises Again, UNESCO.