
Identification et localisation
Abou Mena occupe une bordure de désert au sud-ouest d’Alexandrie, au-delà du lac Maréotis, entre la ville et le Ouadi Natroun ; Peter Grossmann situe le site à 46 kilomètres d’Alexandrie, l’Institut archéologique allemand (DAI) à une soixantaine. Le bien inscrit au patrimoine mondial couvre 182,72 hectares. Le lieu abrite le tombeau de saint Ménas, martyr de la persécution de Dioclétien, dont l’UNESCO place la mort en 296. Le nom antique de l’agglomération n’a pas été conservé. Malgré son étendue et un rempart partiel, elle n’était pas une cité au sens juridique : aucun évêque n’y résida, et aucun bâtiment monastique n’a été identifié à l’intérieur de la ville.
Des récits de fondation à l’abandon
Les sources hagiographiques, qui ne remontent qu’au VIIe siècle, décrivent la redécouverte miraculeuse du tombeau, un premier mémorial en forme de tétrapyle, une église fondée sous Jovien vers 363, la translation des reliques dans la crypte sous Valens, une seconde église voulue par Arcadius à la demande du patriarche Théophile et achevée sous Timothée II Ælure, enfin des hôtelleries, une garnison et une voie de pèlerinage depuis le lac Maréotis attribuées à Zénon. Grossmann souligne que ces attributions reposent sur des bases fragiles et ne sont pas confirmées par l’archéologie. Le centre de pèlerinage connut son apogée du Ve au VIIe siècle. Un incendie général, probablement lié à l’invasion perse de 619, ne fut suivi que de réparations sommaires. Après la conquête arabe (639–641), le sanctuaire passa à l’Église copte et la majorité des habitants partit ; la reconstruction de l’église du Martyr au VIIIe siècle est mentionnée dans la vie du patriarche Michel Ier. Le site est déserté depuis le IXe siècle.
Un quartier ecclésial au cœur d’une ville de brique
Le quartier ecclésial, en partie clos, s’organise autour d’une grande cour rectangulaire des pèlerins, avec l’église du Martyr au sud et les xenodochia (hôtelleries) au nord. Une voie processionnelle à colonnades, bordée de boutiques, d’entrepôts, de deux bains publics et d’un grand édifice à péristyle, y conduisait ; un marché couvert occupait l’ouest. Les quartiers d’habitation, hors de ce secteur, se composent surtout de maisons de brique crue ; ateliers, citernes, pressoirs et fours de potiers complètent l’équipement. À la fin du VIe siècle, on entreprit de ceindre l’agglomération d’un rempart à tours, dont un long tronçon et deux portes ont été reconnus au nord et au nord-ouest ; il ne fut sans doute jamais achevé.
L’église du Martyr : cinq états sur un hypogée
L’église du Martyr surmonte un hypogée antérieur. Grossmann y distingue cinq phases : un petit massif de pierres brutes de la fin du IVe siècle, sans doute un cénotaphe ; un édifice de brique crue au début du Ve siècle ; une basilique à trois nefs, pas antérieure au deuxième quart du Ve siècle, dotée d’un baptistère et plus tard portée à cinq nefs ; après 528, sous Justinien, un tétraconque décoré de mosaïques et de placages de marbre polychrome, ouvert sur le narthex de la Grande Basilique ; enfin, au VIIIe siècle, une basilique à cinq nefs avec khurus, la dernière très grande église d’Égypte. La Grande Basilique, basilique à transept commencée vers la fin du Ve siècle, vit son transept passer d’un à trois vaisseaux. À l’ouest, le baptistère remplaça sa salle carrée à piscine par un octogone couvert d’une coupole, consolidée au VIIIe siècle.
Basilique du Nord, église de l’Est et ermitages
Hors du quartier clos, la basilique du Nord, à trois nefs avec bas-côté de retour et atrium résidentiel, est datée par la céramique de la première moitié du VIe siècle. À 1,6 kilomètre, l’église de l’Est, tétraconque jusque dans ses murs extérieurs, dotée d’un baptistère, remonte probablement au milieu du VIe siècle et succède à une petite basilique ; les nombreuses cellules à deux pièces qui l’entourent désignent une colonie d’ermites.
De Kaufmann au sauvetage de la nappe
Les fouilles débutèrent en 1905 ; Carl Maria Kaufmann en publia les rapports préliminaires au Caire de 1906 à 1908, puis Die Menasstadt en 1910. Le DAI du Caire mène des recherches sur le site depuis 1961, notamment sous la conduite de Peter Grossmann. Inscrit au patrimoine mondial en 1979 au titre du critère (iv), Abou Mena fut placé en 2001 sur la Liste du patrimoine mondial en péril, la remontée de la nappe phréatique due à l’irrigation menaçant les structures. Après une mission de l’UNESCO en 2018, un système de drainage et de pompage à l’énergie solaire fut installé en 2021 ; le site a été retiré de la liste en péril en juillet 2025. La chronologie fine des premiers aménagements et l’emplacement de l’habitat antérieur au culte restent à préciser.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Peter Grossmann, « Abu Mina », The Coptic Encyclopedia, Claremont Colleges Digital Library ; Abou Mena, Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO ; Das Pilgerzentrum von Abu Mena, Institut archéologique allemand (DAI).