Héracléion / Thônis, ville portuaire submergée

Illustration du site Héracléion / Thônis, ville portuaire submergée
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

Thônis-Héracléion repose aujourd’hui par une dizaine de mètres de fond, à environ 6,5 kilomètres du rivage actuel, dans la partie occidentale de la baie d’Aboukir, là où débouchait autrefois la branche canopique du Nil. Les auteurs anciens citaient tantôt Thônis, tantôt Héracléion, et l’on a longtemps cru à deux villes distinctes. Une stèle retrouvée en 2000 a montré qu’il s’agissait d’une seule cité portant un nom égyptien et un nom grec. Avant la fondation d’Alexandrie, elle servait de port d’entrée obligé et de poste de douane pour les navires venus de Méditerranée.

Ce que l’on découvre

Rien n’affleure : la ville se lit à travers les relevés des plongeurs et les objets remontés. Les prospections de l’Institut européen d’archéologie sous-marine (IEASM) décrivent un paysage d’îles et d’îlots, de canaux et de vastes bassins portuaires, où se dressaient habitations et sanctuaires. Au centre, le domaine du temple d’Amon-Gereb couvrait plus de trois hectares, enclos de murs de calcaire et non de briques. Trois colosses de granit rose, hauts de plus de cinq mètres, figuraient un couple royal et Hâpy, le dieu de la crue ; avec 5,4 mètres, la statue de ce dernier est, selon l’IEASM, la plus grande figure de dieu jamais découverte en Égypte.

Le port a livré plus de 700 ancres antiques de formes variées et des dizaines d’épaves, datées pour l’essentiel du VIe au IIe siècle av. J.-C. Ces bateaux et leurs cargaisons renseignent sur l’activité de la ville plus directement que toute restitution idéale.

Ce qu’il faut regarder

Le document clé est une stèle de granodiorite noire haute de 1,99 mètre. Datée de l’an 1 de Nectanébo Ier, vers 380 av. J.-C., elle porte le décret dit de Saïs : le roi affecte au temple de Neith, à Saïs, une part des droits perçus à Thônis sur les marchandises et des taxes prélevées sur le commerce grec à Naucratis. Le même texte figurait sur une stèle trouvée à Naucratis en 1899. Les deux exemplaires ne diffèrent vraiment qu’à un endroit : l’ordre final d’ériger la stèle « à l’entrée de la mer des Grecs, dans une ville dont le nom est Thônis ». C’est cette ligne qui a permis l’identification du site. L’étude paléographique d’Anne-Sophie von Bomhard, publiée par l’IFAO, y relève aussi un nom égyptien jusque-là inconnu, « La-Hôné-de-Saïs ».

Un autre détail tient au dépôt lui-même : la stèle avait été volontairement couchée face contre le sol, ses hiéroglyphes enduits d’argile pour les protéger, avant même la submersion de la ville.

Son histoire

Fondée probablement vers le VIIIe siècle av. J.-C., la ville connut son apogée entre le VIe et le IVe siècle av. J.-C., d’après les monnaies et la céramique. Hérodote, au Ve siècle av. J.-C., y situe un grand temple élevé à l’endroit où Héraclès aurait pour la première fois foulé le sol égyptien, et rapporte le passage d’Hélène et de Pâris avant la guerre de Troie. Le temple d’Amon-Gereb, dont un naos de granit rose a été retrouvé, fut détruit vers le milieu du IIe siècle av. J.-C. ; la ville, frappée par plusieurs catastrophes naturelles, disparut entièrement sous les eaux au VIIIe siècle apr. J.-C.

Les recherches de l’IEASM, dirigées par Franck Goddio, ont commencé dans la baie en 1996, et l’Oxford Centre for Maritime Archaeology y participe depuis 2011. Une grande partie de la ville reste pourtant enfouie sous les sédiments, et l’enchaînement exact des phénomènes qui ont causé sa submersion reste à préciser.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Sunken Civilizations : Thonis-Heracleion, Franck Goddio / Institut européen d’archéologie sous-marine ; Stele of Thonis-Heracleion, Franck Goddio / IEASM ; Anne-Sophie von Bomhard, Le décret de Saïs. Les stèles de Thônis-Héracléion et de Naucratis, Institut français d’archéologie orientale, 2025.