
En quelques mots
Canope se trouvait sur le littoral, à l’ouest de Thônis-Héracléion et de la bouche canopique du Nil, à 120 stades d’Alexandrie par la route selon Strabon, soit une vingtaine de kilomètres. Une partie de la ville est aujourd’hui sous la mer : les vestiges dits de Canope Est gisent à environ deux kilomètres à l’est du port moderne d’Aboukir. La plus ancienne mention du lieu se lit dans un poème de Solon, dans la première moitié du VIe siècle av. J.-C. La tradition grecque faisait dériver son nom de Canopos, le pilote de Ménélas, mort à cet endroit au retour de Troie.
Ce que l’on découvre
Comme à Thônis-Héracléion, rien n’émerge. Les plongeurs de l’Institut européen d’archéologie sous-marine (IEASM) ont repéré une ligne de ruines longue de 150 mètres : colonnes de granit, blocs de calcaire, statues. Parmi les pièces remontées figurent une tête de Sérapis en marbre du IIe siècle av. J.-C., une statue de diorite noire plus grande que nature qui pourrait représenter Arsinoé II, une bague byzantine en or surmontée d’une minuscule lampe à huile, et des monnaies d’or byzantines (VIIe siècle apr. J.-C.) et islamiques (VIIIe siècle). Ces objets couvrent près d’un millénaire : le site fut occupé bien au-delà de l’époque ptolémaïque, mais les secteurs explorés ne représentent qu’une partie de la ville.
Ce qu’il faut regarder
Le monument le plus parlant a été retrouvé en morceaux, sur plus de deux siècles. Le « naos des décades », chapelle monolithe de pierre noire datée du règne de Nectanébo Ier (379–361 av. J.-C. selon le Louvre) et consacrée au dieu Chou, porte sur sa partie supérieure un disque solaire ailé, le signe du ciel et les figures des décans, accompagnés de textes astronomiques. Sa partie haute, trouvée à Aboukir le 13 novembre 1777, est conservée au musée du Louvre, qui l’a achetée en 1818 à la vente de la collection Choiseul-Gouffier ; deux fragments ont été retirés de la mer par le prince Omar Toussoun en 1940 (musée d’Alexandrie) ; quatre autres ont été retrouvés par l’équipe de Franck Goddio en 1998–1999. Le Louvre indique pour provenance d’origine Saft el-Henneh, dans le Delta oriental : le naos a donc voyagé avant d’échouer sur le littoral canopique.
Son histoire
La ville était réputée pour ses sanctuaires d’Osiris et de Sérapis. Strabon (Géographie, XVII, 1, 17) décrit le temple de Sérapis, où des hommes réputés venaient dormir pour obtenir une guérison, et la foule des fêtards qui descendait d’Alexandrie par le canal, jour et nuit, au son des flûtes. Chaque année, des processions liées aux mystères d’Osiris reliaient Thônis-Héracléion à Canope. La renommée du lieu était telle que l’empereur Hadrien en fit reproduire une partie dans sa villa près de Rome. Après la destruction des temples, un important monastère s’installa sur le site.
Le littoral a depuis profondément changé, et plusieurs points restent ouverts : l’emplacement exact de chaque sanctuaire, le tracé des processions et la limite entre la ville engloutie et la partie restée sous la terre ferme.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Sunken Civilizations : Canopus, Franck Goddio / Institut européen d’archéologie sous-marine ; Naos des décades, musée du Louvre ; Strabon, Géographie, livre XVII, trad. H. L. Jones, LacusCurtius, université de Chicago.