
Identification et localisation
Thônis (nom égyptien) et Héracléion (nom grec) désignent une seule et même ville, située à l’ancienne embouchure de la branche canopique du Nil, dans la partie occidentale de la baie d’Aboukir, à une trentaine de kilomètres au nord-est d’Alexandrie. Ses vestiges gisent par une dizaine de mètres de fond, à environ 6,5 kilomètres du rivage actuel ; la zone prospectée par l’IEASM dans la baie mesure 11 kilomètres sur 15. L’équivalence des deux noms, longtemps débattue, a été établie par la stèle du décret de Saïs découverte en 2000 ; le décret de Canope (238 av. J.-C.) mentionne par ailleurs Amon-Gereb comme la divinité principale d’Héracléion.
Un port-douane de la Basse Époque
La ville fut probablement fondée vers le VIIIe siècle av. J.-C. ; les monnaies et la céramique placent son apogée entre le VIe et le IVe siècle av. J.-C. Avant la fondation d’Alexandrie, elle était le port d’entrée obligé et le poste de douane de l’Égypte pour le trafic méditerranéen. Hérodote y signale un grand temple d’Héraclès ; Strabon (Géographie, XVII, 1, 18) mentionne encore, après Canope, « l’Héracléion, qui contient un temple d’Héraclès », puis la bouche canopique, principal emporion du Delta. Le temple d’Amon-Gereb fut détruit vers le milieu du IIe siècle av. J.-C. lors d’un événement catastrophique ; frappée par des catastrophes naturelles successives, la ville sombra entièrement au VIIIe siècle apr. J.-C.
Le domaine d’Amon-Gereb sur l’île centrale
Le sanctuaire d’Amon et de son fils Khonsou fut construit entre 450 et 380 av. J.-C., lors d’un déplacement de l’habitat vers l’île centrale. Son domaine dépassait trois hectares ; l’enceinte était faite de blocs de calcaire. Le naos monolithe de granit rose (1,74 m de haut, 0,93 m de large, 1 m de profondeur) porte trois épithètes du dieu, dont « celui qui préside au mekes » ; les textes du linteau et des montants sont presque illisibles, et l’imagerie RTI n’a pas permis d’identifier le souverain dédicant. Trois colosses de granit rose de plus de cinq mètres représentaient un couple royal et Hâpy, ce dernier haut de 5,4 mètres. Un canal longeait la face sud du temple : une galère ptolémaïque amarrée à un débarcadère y fut clouée au fond par la chute des blocs. Instruments rituels en argent, bijoux d’or et vases d’albâtre à parfums complètent le mobilier.
La stèle du décret de Saïs
Stèle de granodiorite noire de 1,99 mètre, datée de l’an 1 de Nectanébo Ier (vers 380 av. J.-C.). Le décret affecte au temple de Neith, à Saïs, une part des droits de douane perçus à Thônis et des taxes sur le commerce grec à Naucratis. Il reproduit presque mot pour mot la stèle de Naucratis, découverte en 1899, dont il ne se distingue que par l’ordre d’érection « à l’entrée de la mer des Grecs, dans une ville dont le nom est Thônis ». La stèle avait été volontairement enfouie, face contre le sol, ses hiéroglyphes enduits d’argile. Anne-Sophie von Bomhard en a publié l’étude paléographique (IFAO, 2025), qui révèle le toponyme égyptien inédit « La-Hôné-de-Saïs ».
Bassins, ancres et épaves
Le port comptait de nombreux grands bassins. Plus de 700 ancres ont été relevées. Le nombre d’épaves croît avec les campagnes : l’Oxford Centre for Maritime Archaeology en publiait au moins 64, l’IEASM en recense aujourd’hui 125, datées du VIe au IIe siècle av. J.-C. Plusieurs d’entre elles (navires 11, 17 et 43) font l’objet de monographies.
Une cité encore largement enfouie
L’IEASM, dirigé par Franck Goddio, travaille dans la baie d’Aboukir depuis 1996 avec les autorités égyptiennes des antiquités ; l’université d’Oxford s’est associée aux fouilles en 2011. L’IEASM estime n’avoir mis au jour qu’environ 5 % de la ville. Les questions ouvertes portent sur la topographie des îles et des chenaux, sur les conditions de dépôt des épaves, sur les causes et la chronologie exactes de la submersion, et sur les liens entre Thônis-Héracléion, Canope et Naucratis.
Sources principales
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Sunken Civilizations : Thonis-Heracleion, Franck Goddio / Institut européen d’archéologie sous-marine ; Temple of Amun-Gereb, Franck Goddio / IEASM ; Oxford Centre for Maritime Archaeology, School of Archaeology, University of Oxford.