Alexandrie, site du phare de Pharos et vestiges submergés : fiche complète

Planche interprétative consacrée à Alexandrie, site du phare de Pharos et vestiges submergés
Composition interprétative non métrique ; les positions et proportions ne constituent pas un relevé de fouille.

Identification et localisation

Le phare d’Alexandrie s’élevait à la pointe orientale de l’ancienne île de Pharos, à l’entrée du port Est. Cette pointe forme aujourd’hui la presqu’île d’Anfouchy, où le fort de Qaitbay, construit à la fin du XVe siècle, occupe l’emplacement du monument. Le site archéologique immergé s’étend à l’est du fort, par 6 à 8 mètres de fond ; il couvrait environ 1,6 hectare en 2019, au sein d’une zone submergée d’environ 3 hectares.

Une commande royale, un dédicant discuté

Selon la Souda, texte byzantin tardif, le chantier débuta en 297 av. J.-C. sous Ptolémée Ier ; il fut achevé sous Ptolémée II, lors de la 124e olympiade, soit entre 283 et 281 av. J.-C. Pline l’Ancien en estime le coût à 800 talents. Strabon rapporte que Sostrate de Cnide, qualifié d’« ami des rois », consacra le monument, et une inscription commémorait cette dédicace aux Dieux Sauveurs, Ptolémée Ier et Bérénice divinisés. Pline et Lucien de Samosate font de Sostrate l’architecte ; le titre aulique que lui donne Strabon suggère plutôt qu’il finança la construction. Lucien rapporte l’anecdote d’un nom de Sostrate gravé puis masqué sous un enduit portant celui du roi, que la chute de l’enduit aurait révélé.

La tour d’après les textes et les images

Strabon décrit une tour « à plusieurs étages », en pierre blanche, dominant le grand port. Le poète Posidippe évoque « le grand feu qui brûle à son sommet », et Pline un feu entretenu sans interruption. Les représentations antiques, notamment monétaires, et les descriptions médiévales restituent trois sections, carrée, octogonale puis circulaire, surmontées d’une statue ; la cohabitation du feu et de la statue au sommet reste un problème non résolu. La hauteur n’est pas connue avec certitude : la tour de Taposiris Magna, haute d’une trentaine de mètres, est considérée comme une copie à échelle réduite du phare.

Du signalement de 1961 aux campagnes du CEAlex

Dès 1961, le plongeur égyptien Kamal Abou el-Saadat repéra certains monuments engloutis ; en 1968, Honor Frost, chargée par l’UNESCO d’évaluer le site, fut la première à l’associer au phare. Le site resta ensuite peu étudié, la plongée étant largement interdite sur ces côtes. En 1994, l’immersion de blocs de béton destinés à un brise-lames protégeant le fort menaça les vestiges ; le Conseil suprême des Antiquités de l’Égypte fit alors appel aux équipes archéologiques présentes à Alexandrie, et le Centre d’études alexandrines y fouille depuis cette date, à raison d’une ou deux campagnes par an, aujourd’hui sous la direction d’Isabelle Hairy. Trente-six pièces sorties de l’eau en 1995 et 1996 sont exposées dans le centre de la ville.

Au 1er janvier 2020, 3 040 blocs étaient enregistrés dans la base de données descriptive : granit, quartzite, granodiorite, grauwacke, marbre et calcaire, avec des éléments de plomb, de fer et de bronze. Certains fragments d’architecture et de statuaire en pierre dure, dont des colosses de couples royaux, pèsent jusqu’à 40 tonnes. Depuis 2012, un relevé photogrammétrique a produit un modèle numérique couvrant environ 65 % du site et 154 modèles de blocs en trois dimensions.

Trois aménagements superposés

Les fouilles distinguent trois ensembles : le phare dans la partie nord-ouest du site, une construction d’époque romaine au nord-est, marquée par une colonne honorifique monumentale en granit à base ornée de feuilles d’acanthe, et, au sud, une digue de protection côtière remployant des colonnes de granit. L’édifice, gravement touché par le séisme et le tsunami du 8 août 1303, ne fut pas restauré malgré l’ordre donné en 1304 par l’émir Baybars al-Dawâdâr ; ses ruines servirent de carrière. Les vestiges sous-marins représentent sans doute une faible part du monument, et l’attribution de chaque bloc au phare plutôt qu’à d’autres édifices de la ville demeure le principal enjeu de la recherche, tout comme la restitution de ses parties hautes.

Sources principales

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Fouilles sous-marines sur le site du Phare, Centre d’études alexandrines ; Les textes antiques, programme Pharos, Centre d’études alexandrines ; Le phare d’Alexandrie, programme Pharos, Centre d’études alexandrines ; Jean-Yves Empereur et Nicolas Grimal, « Les fouilles sous-marines du phare d’Alexandrie », Comptes rendus de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1997 (Persée).

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