
En quelques mots
Le grand sanctuaire d’Isis occupait Philae, une petite île d’environ 385 mètres sur 176, au milieu de la première cataracte, à quelque 7 kilomètres au sud d’Assouan. Les deux tiers des édifices conservés datent de l’époque ptolémaïque ; le temple d’Isis, élevé aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., a été décoré à partir de Ptolémée II Philadelphe (285–246 av. J.-C.), puis complété sous les empereurs romains. Menacé par le haut barrage d’Assouan, l’ensemble a été démonté et remonté entre 1972 et 1980, dans le cadre de la campagne de l’UNESCO, sur l’île voisine d’Agilkia. Le temple visité est donc à la fois authentique et déplacé.
Ce que l’on découvre
Le bateau aborde une île remodelée : une mission italo-égyptienne a transféré presque tous les monuments de Philae quelques centaines de mètres au nord-ouest, sur Agilkia, dont le sol se trouve 13 mètres plus haut que celui de l’île antique. Le chantier a exigé l’édification d’un batardeau rempli de sable d’environ 35 000 mètres carrés autour de l’île submergée. L’orientation et la disposition générale des édifices ont été conservées.
À la pointe sud-ouest, un kiosque de Nectanébo Ier (XXXe dynastie), restauré sous Ptolémée II, ouvre le parcours. Des colonnades mènent au premier pylône du temple d’Isis, qui intègre une porte de l’ancien sanctuaire de la Basse Époque, modeste prédécesseur du temple ptolémaïque. Au-delà s’étendent la cour et le mammisi, la « maison de naissance », puis le second pylône et les salles intérieures. À l’est du temple, un petit temple d’Hathor a été décoré sous Ptolémée VI, Ptolémée VIII et Auguste. Le kiosque de Trajan et la porte d’Hadrien font l’objet d’une page distincte.
Ce qu’il faut regarder
Dans le mammisi, une scène montre Isis allaitant son fils Horus dans les marais, image au cœur de la théologie du lieu : la déesse y est d’abord la mère qui protège l’héritier d’Osiris.
Un autre détail, discret, marque la fin d’une écriture : une figure du dieu nubien Mandoulis accompagnée de la plus récente inscription hiéroglyphique datée d’Égypte, gravée le 24 août 394 apr. J.-C. par le prêtre Esmet-Akhom. Dans la deuxième colonnade orientale, une salle servait au culte des Méroïtes, dont la présence à Philae était déjà notée par Strabon à la fin du Ier siècle av. J.-C.
Il faut enfin regarder les murs du pronaos : il fut transformé en église Saint-Étienne par l’évêque Théodore, au VIe siècle, et de nombreuses inscriptions furent alors volontairement effacées. Croix gravées et inscriptions effacées superposent ainsi deux religions sur la même pierre.
Son histoire
Le nom antique de l’île, (Pa-)Iârek, est probablement d’origine nubienne ; son sens reste obscur. Philae fut un grand lieu de pèlerinage pour les Égyptiens et pour les peuples du sud : au IIIe siècle apr. J.-C., des délégations méroïtes s’y rendaient régulièrement et offraient des objets de culte. En 451–452, un accord conclu entre l’officier romain Maximinus et les Blemmyes et Nobades leur garantissait encore l’accès libre au temple et le droit d’emporter pour un temps la statue d’Isis dans leur pays.
La fin du culte reste discutée. Selon Procope, le général Narsès ferma le temple sur ordre de Justinien vers 535–537, arrêta les prêtres et envoya les statues à Constantinople. Holger Kockelmann juge ce récit exagéré : les derniers officiants connus sur l’île datent de 456–457, et la fermeture justinienne n’aurait été que symbolique. La date à laquelle les rites ont réellement cessé demeure donc incertaine.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Holger Kockelmann, « Philae », UCLA Encyclopedia of Egyptology, 2012 ; Philae, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Monuments de Nubie d’Abou Simbel à Philae, UNESCO, Centre du patrimoine mondial.