
En quelques mots
Le kiosque de Trajan et la porte d’Hadrien appartiennent à la dernière grande phase de construction de Philae, quand les empereurs romains se faisaient représenter en pharaons devant Isis et Osiris. Le premier se dresse sur la rive orientale de l’île, à une vingtaine de mètres au sud du temple d’Hathor ; la seconde s’ouvre à l’ouest du temple d’Isis, à hauteur de son pronaos. Comme les autres monuments de l’île, tous deux ont été démontés puis remontés sur l’île d’Agilkia entre 1972 et 1980, lors de la campagne de sauvetage conduite sous l’égide de l’UNESCO.
Ce que l’on découvre
Le kiosque est un pavillon rectangulaire ouvert, dont les colonnes sont reliées par des murs d’entrecolonnement. Sa couverture a disparu, mais la régularité de la colonnade suffit à en faire l’une des silhouettes les plus reconnaissables de l’Égypte ; l’UNESCO le cite parmi les éléments majeurs du bien inscrit en 1979. Posé au bord de l’eau, il domine le fleuve.
La porte d’Hadrien se présente autrement : un passage en forme de couloir, dont les parois latérales sont couvertes de reliefs. Elle faisait face, de l’autre côté du bras du Nil, à la chapelle d’accostage de l’île de Biggeh, où se trouvait l’Abaton, tombeau d’Osiris.
Ce qu’il faut regarder
Sur le kiosque, l’essentiel est ce qui manque. Seuls les murs d’entrecolonnement du côté sud ont reçu, sous Trajan, deux scènes d’offrande ; le reste de la surface est demeuré lisse. Ce contraste laisse penser que le décor était sculpté sur l’édifice déjà monté, et que le chantier s’est arrêté avant son terme. Le nom de Trajan renvoie ainsi à la décoration, non forcément à la construction : selon Holger Kockelmann, le bâtiment lui-même pourrait remonter au règne d’Auguste.
Dans la porte d’Hadrien, les textes comptent autant que les images. Les parois portent le « décret de l’Abaton », qui règle le culte d’Osiris sur Biggeh, ainsi qu’un texte enregistrant la donation d’un vignoble au temple d’Isis ; tous deux ont été publiés par l’égyptologue Hermann Junker, en 1913 et en 1924. Les reliefs, eux aussi, ne sont pas entièrement achevés.
Son histoire
Les deux monuments répondent aux circulations rituelles de l’île. La porte servait de point de départ à la procession de la barque d’Isis, qui traversait l’eau pour visiter le tombeau d’Osiris sur l’Abaton. Son décor s’échelonne entre environ 117 et 180 apr. J.-C., sous Hadrien, Marc Aurèle et Lucius Verus : c’est le plus récent édifice cultuel de Philae à recevoir de véritables reliefs de temple. Le kiosque servait probablement de halte lors des processions, mais aucune inscription ne précise sa fonction, et la prudence s’impose.
Ces constructions tardives témoignent de la vitalité du culte d’Isis et d’Osiris à l’époque impériale, alors même que Rome gouvernait l’Égypte depuis plus d’un siècle. Leur transfert sur Agilkia a préservé l’agencement général du site, mais l’étude des colonnes et des assemblages doit désormais distinguer la pierre antique des compléments et des joints modernes.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Holger Kockelmann, « Philae », UCLA Encyclopedia of Egyptology, 2012 ; Philae, ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités ; Monuments de Nubie d’Abou Simbel à Philae, UNESCO, Centre du patrimoine mondial.