
Écrire un nom, compter les richesses, garder la mémoire d’un règne, tracer un temple : Seshat veille sur ces gestes qui donnent une forme durable au monde. Auprès de Thot, elle incarne une autre présence divine de l’écriture, attentive à la mesure et à l’enregistrement.
La déesse qui écrit et compte
Le nom de Seshat signifie « la femme scribe ». Son domaine réunit l’écriture, les comptes et les recensements : des activités qui permettent de conserver et d’organiser des informations. Un nombre inscrit peut être retrouvé ; un événement consigné peut être transmis. Pour comprendre cette déesse, il faut donc regarder ce qu’elle fait autant que les signes qui la distinguent.
Dans les décors des temples, elle enregistre notamment les noms officiels du souverain et le butin rapporté de ses campagnes. Ces scènes donnent à l’acte d’écrire une portée royale et religieuse. Le nom du roi, ses possessions et ses accomplissements prennent place dans une mémoire placée sous la protection des dieux. La notice du Metropolitan Museum décrit ces fonctions.
Comment reconnaître Seshat ?
Seshat apparaît sous une forme féminine. Son attribut le plus distinctif est un emblème rayonnant placé au-dessus de la tête, généralement décrit comme une étoile ou une rosette à sept branches, surmontée d’un signe arqué. Elle est souvent vêtue d’une peau de félin. Dans certaines scènes, elle inscrit les années du règne sur une nervure de palme entaillée.
L’illustration de cette fiche propose une silhouette simplifiée, avec une palette de scribe et une tige graduée pour évoquer l’écriture et la mesure. C’est une création contemporaine. Sur un relief ancien, les inscriptions voisines et le geste accompli aident à préciser l’identité et la fonction de la déesse.
Tendre la corde, donner sa mesure au temple
Avant la construction d’un temple, Seshat accompagne le roi dans le rite appelé « tendre la corde ». La scène les montre établissant le tracé du futur édifice. Ce geste associe la mesure du bâtiment à sa fondation sacrée : le lieu destiné aux dieux doit recevoir une disposition juste. Cette fonction fait aussi de Seshat une protectrice des bâtisseurs et des architectes.
Écrire et construire se rejoignent ici. Dans un cas, on fixe un nom ou une quantité ; dans l’autre, les limites d’un espace. Ce rapprochement aide à lire les fonctions de Seshat : l’exactitude du geste compte, qu’il laisse une inscription ou le tracé d’un monument.
Seshat et Thot : l’écriture et sa mémoire
Thot et Seshat partagent le domaine de l’écriture et du savoir. Leurs liens varient selon les traditions ; une parenté unique ne suffit pas à résumer leurs rapports. La place de Seshat auprès du roi met particulièrement en lumière l’enregistrement des noms, des biens et du temps du règne.
Une parole prononcée peut disparaître avec ceux qui l’ont entendue. Une inscription demeure disponible pour d’autres lecteurs. Seshat permet d’aborder cette dimension de l’écriture : donner au savoir un support, conserver une trace et rendre possible sa transmission.
Et la création de l’écriture ?
Dans la pensée religieuse égyptienne, l’écriture appartient au domaine des dieux ; Thot en est une grande figure tutélaire, et Seshat en protège des usages essentiels. L’archéologie pose une autre question : quand les humains ont-ils commencé à écrire ? Les premières attestations de l’écriture égyptienne remontent à la fin du IVe millénaire avant notre ère, autour de 3200 av. J.-C., notamment à Abydos. Le British Museum présente ces premiers témoignages.
On peut ainsi parler de Seshat comme d’une déesse de l’écriture sans lui attribuer une invention historique documentée. Sa figure exprime la valeur accordée aux actes d’écrire, de mesurer et de garder mémoire.
Sources et repères
- Metropolitan Museum — Head of a Goddess, inv. 08.202.44 : tête de déesse probablement identifiée à Seshat ; écriture, enregistrement royal et rite de fondation.
- British Museum — Early Egypt : premières attestations de l’écriture égyptienne.
- Joshua J. Mark, « Seshat », World History Encyclopedia, 2016 : nom, attributs et fonctions de la déesse ; synthèse de vulgarisation.