Nounet

Nounet en pied, déesse à tête de serpent portant un disque solaire
Évocation contemporaine de Nounet ; © C.Rossignol

Une figure de l’Ogdoade

Nounet est la partenaire féminine de Noun dans l’Ogdoade d’Hermopolis. Ce groupe de huit divinités évoque des qualités du monde avant l’apparition du soleil et l’organisation d’un espace habitable. Les noms des couples sont voisins, mais cette proximité ne doit pas effacer la présence de deux figures. La théologie hermopolitaine utilise la dualité masculine et féminine pour exprimer une puissance primordiale qui dépasse le personnage isolé d’un récit. Le groupe importe autant que chacun de ses membres.

Le mot « eaux » suggère une image immédiate, mais il ne s’agit pas d’un paysage marin ordinaire. Les eaux primordiales permettent de penser ce qui précède les distinctions familières : terre et ciel, jour et nuit, rive et courant. Nounet contribue à ce langage du commencement. Elle n’est pas toujours au premier plan d’une histoire suivie, car sa fonction se manifeste surtout dans la structure du groupe et dans sa relation avec Noun. L’absence de longue biographie ne signifie pas absence de rôle.

Donner forme à l’invisible

Les figures féminines de l’Ogdoade peuvent recevoir une tête de serpent, tandis que les figures masculines sont souvent représentées avec une tête de grenouille. Ces animaux ne sont pas des portraits naturalistes de puissances primordiales. Ils donnent une forme à ce qui, par définition, se situe avant le monde visible. La tête de serpent choisie pour notre illustration signale l’appartenance de Nounet à cette tradition iconographique. La silhouette debout la rapproche des autres divinités présentées dans cette série.

Un attribut figuré sur une image contemporaine ne suffit jamais à reconstituer un culte antique. Pour identifier une œuvre ancienne, il faut considérer l’inscription, le lieu de découverte et les autres dieux représentés. Plusieurs déesses serpentines existent dans le panthéon. Sans contexte, les confondre serait facile. Le nom Nounet devient plus clair lorsqu’il apparaît avec les membres de l’Ogdoade et dans une scène consacrée aux origines. Les images doivent être lues avec les textes et l’espace où elles se trouvent.

Plusieurs récits des origines

La tradition d’Hermopolis n’efface pas celle d’Héliopolis. Dans cette dernière, Atoum occupe une place centrale au moment où la création commence. Les sanctuaires ont élaboré des manières différentes, parfois complémentaires, de raconter ce seuil. Le couple Noun et Nounet aide à comprendre cette diversité. Les dieux de l’Ogdoade ne sont pas simplement des noms à placer avant des figures plus célèbres : ils organisent une explication propre de l’état primordial et de sa transformation.

Nounet montre enfin comment les Égyptiens donnaient une forme relationnelle aux notions les plus abstraites. Une eau sans rive, l’obscurité ou l’infini sont difficiles à peindre. Des couples divins, des gestes et des couronnes rendent ces idées visibles dans un temple. Notre dessin cherche cette lisibilité sans se substituer à un document archéologique. La déesse rappelle que le monde familier pouvait naître d’un état profond dont les puissances continuaient à recevoir un nom et une place.

L’importance de Nounet se comprend mieux lorsqu’on regarde les huit figures ensemble. La répétition des couples n’est pas une liste décorative : elle organise visuellement une pensée du monde avant le monde. Une déesse moins connue aujourd’hui peut ainsi occuper une place structurante dans un système théologique. Le dessin individuel aide à la reconnaître, tandis que le groupe explique sa fonction.

Sources et repères

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