Mehen

Mehen, serpent enroulé autour du disque solaire
Évocation contemporaine de Mehen, serpent protecteur du soleil ; © C.Rossignol

Mehen est un serpent protecteur associé au voyage nocturne du soleil. Son corps enroulé peut entourer le dieu solaire et former une barrière contre les dangers du monde souterrain. L’image est frappante parce qu’un serpent peut, dans la même religion, être un ennemi redouté ou un allié indispensable. Mehen appartient au second groupe. Pour le comprendre, il faut regarder les livres funéraires, les scènes de la barque solaire et les objets où sa forme spiralée apparaît.

Un cercle autour du soleil

Dans certaines compositions de l’Amdouat, Rê traverse les heures de la nuit en bateau. Des divinités l’accompagnent et des obstacles menacent sa progression. Mehen forme une enveloppe protectrice autour du dieu ou de sa cabine. Le mouvement du serpent, qui s’enroule et se déroule, donne une image de garde active. Une scène conservée dans les collections d’Eton montre précisément le soleil nocturne à tête de bélier protégé par Mehen.

Le voyage n’est pas seulement une aventure racontée pour elle-même. La traversée de la nuit prépare le lever suivant et, dans les tombes, peut servir de modèle à l’espoir de renaissance du roi ou du défunt. Les heures, les portes, les noms des êtres rencontrés et la puissance des images composent un parcours complexe. Mehen y intervient comme l’un des protecteurs, non comme le personnage unique qui permettrait à lui seul de faire lever le soleil.

Serpent allié, serpent ennemi

Apophis est un autre grand serpent des récits solaires, mais il cherche à arrêter la barque de Rê. Confondre les deux ferait perdre une distinction essentielle. Le Carlos Museum de l’université Emory insiste sur cette diversité des rôles : les serpents pouvaient être dangereux et utiles, menaçants et protecteurs. Leur forme animale commune ne donne pas une fonction religieuse identique. Il faut suivre le nom et la place du serpent dans la scène.

La protection de Mehen ne suppose pas que tous les serpents vivants étaient honorés comme lui. Les Égyptiens connaissaient les morsures et ont produit des pratiques pour s’en prémunir. Le monde animal fournissait des images puissantes parce qu’il était observé de près. Le serpent enroulé pouvait évoquer une limite, une force qui ceint ou une menace selon la direction donnée par le texte et le rite.

Un nom porté par des objets

Le nom de Mehen est aussi associé à un ancien jeu de plateau en forme de serpent spiralé. Des exemplaires apparaissent dès l’Ancien Empire. Le Fitzwilliam Museum conserve et décrit l’un de ces plateaux. Le rapport exact entre les règles du jeu, le symbole religieux et les représentations funéraires demande de la prudence : les règles complètes ne nous sont pas parvenues. La forme en spirale et le nom indiquent une relation, mais ils ne permettent pas de reconstituer sans reste ce que les joueurs pensaient du dieu.

Notre illustration choisit donc une grande figure de serpent enroulé autour d’un disque solaire, sans lui donner un corps humain. Elle correspond à sa manière la plus parlante de protéger le soleil et s’accorde avec les modèles graphiques de la série. Ce dessin n’est pas une copie d’une vignette de l’Amdouat. Les images anciennes peuvent placer Mehen sur une barque, à côté d’autres divinités et au milieu d’inscriptions nécessaires pour comprendre l’heure représentée.

Mehen rappelle que la religion égyptienne ne classe pas les animaux en catégories morales fixes. La même silhouette serpentine peut encercler pour sauver ou bloquer pour détruire. Dans la nuit traversée par Rê, la différence tient au rôle, au nom et à la relation avec le soleil. Mehen transforme l’enroulement du serpent en espace de protection.

Sources et repères

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