Apophis
Apophis, ou Apep dans une autre transcription, est le grand serpent qui menace le voyage du soleil. Dans les récits religieux égyptiens, Rê parcourt chaque jour le ciel et traverse pendant la nuit un monde dangereux avant de reparaître à l’orient. Apophis cherche à interrompre ce mouvement. Il incarne ainsi une menace contre la lumière et la continuité de l’ordre cosmique. Son histoire n’est pas celle d’une bataille remportée une fois pour toutes : le danger revient, et le soleil doit de nouveau passer.
Un adversaire du soleil
La forme serpentine d’Apophis rend visible une force difficile à maîtriser. Les textes et les images le décrivent comme gigantesque. Ses anneaux peuvent devenir des obstacles sur le trajet de la barque solaire, comparés à des bancs de sable qui bloquent la navigation. Dans une autre formulation, le serpent absorbe l’eau sur laquelle la barque devrait avancer. Ces images parlent à une civilisation pour laquelle le fleuve et les embarcations structuraient la vie quotidienne : arrêter une barque, c’est empêcher un passage vital.
Apophis ne représente pas tous les serpents de la religion égyptienne. Certains protègent les dieux, les sanctuaires ou les défunts. Mehen, par exemple, est un serpent lié à la protection de Rê. La forme animale ne suffit donc jamais à décider si une figure est favorable ou hostile. Il faut regarder l’inscription et la scène où elle apparaît.
Une lutte menée chaque nuit
Le voyage nocturne du soleil réunit plusieurs êtres divins. Seth peut participer à la défense de la barque contre Apophis, même si d’autres traditions le présentent comme un adversaire d’Osiris ou d’Horus. Cette différence rappelle qu’une divinité ne reçoit pas toujours un rôle moral unique. Dans la barque solaire, la force de Seth peut servir à repousser une menace extérieure.
Les livres de l’au-delà, peints dans des tombes royales ou copiés sur papyrus, déploient ce trajet en scènes successives. Apophis y apparaît comme un obstacle au renouvellement du soleil. Sa défaite ouvre la possibilité de l’aube, mais ne le supprime pas définitivement des récits. Ce retour du péril rend d’autant plus nécessaire l’action des protecteurs divins et des paroles rituelles.
Images et rites pour neutraliser le serpent
Les Égyptiens ne se contentaient pas de raconter cette opposition. Des textes prescrivaient de nommer, de lier ou de détruire symboliquement Apophis. Le papyrus Bremner-Rhind, conservé au British Museum, transmet une collection de formules destinées à son renversement. Des figures du serpent pouvaient être représentées coupées, transpercées ou brûlées. Le geste et la parole devaient rendre réel l’échec de l’ennemi dans l’univers du rite.
Une image bien connue montre un chat, forme prise par le dieu solaire, attaquant le serpent près d’un arbre à l’horizon. Elle n’illustre pas un animal domestique combattant un reptile ordinaire. Le chat porte ici l’action de Rê ; le serpent désigne l’obstacle cosmique. Pour lire la scène, il faut dépasser l’apparence zoologique et identifier les acteurs religieux.
Ce que révèle Apophis
Le dossier BD du projet insiste sur le chaos auquel Apophis est associé. Les sources permettent de préciser cette idée : il personnifie ce qui menace le passage régulier de la lumière, et non un simple « méchant » d’une histoire close. La répétition des rites montre que maintenir l’ordre était conçu comme un travail renouvelé. Les humains pouvaient y participer en récitant les formules appropriées, tandis que les dieux combattaient sur la barque.
L’illustration de cette fiche retient le corps immense et les anneaux du serpent, en conservant le style graphique commun aux divinités du site. Elle est une création actuelle. Pour comprendre Apophis dans une œuvre antique, il faut revenir au texte qui l’accompagne et à la place de la scène dans le voyage nocturne. C’est là que le danger prend son sens : menacer le soleil, c’est menacer chaque nouveau matin.
Sources et repères
Le dossier du projet a été confronté à la notice documentaire du Global Egyptian Museum sur Apophis et sur les serpents divins.
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