
En quelques mots
El-Licht se trouve à une cinquantaine de kilomètres au sud du Caire, à la lisière du désert et de la vallée du Nil. La nécropole est célèbre pour deux pyramides du Moyen Empire : au nord, celle d’Amenemhat Ier, fondateur de la XIIe dynastie ; au sud, celle de son fils Sésostris Ier. Le site servait de nécropole à la nouvelle capitale du Moyen Empire, Itjtaouy, dont les vestiges n’ont pas été identifiés avec certitude.
Ce que l’on découvre
La pyramide d’El-Licht Nord se présente aujourd’hui comme une masse très dégradée, bien loin de la silhouette régulière qu’elle eut à l’origine. Autour d’elle, le sol est ponctué des tombes des dignitaires qui voulurent reposer près de leur roi. Rien, à première vue, ne laisse deviner ce qui fait l’originalité du monument : son noyau renfermait un véritable musée involontaire de l’Ancien Empire. Les bâtisseurs y ont en effet placé de nombreux blocs de calcaire sculptés, récupérés sur des édifices plus anciens, sans doute déjà délabrés.
Ce qu’il faut regarder
Le plus spectaculaire de ces blocs n’est plus sur place : il est conservé au Metropolitan Museum of Art de New York (numéro 22.1.23). Dégagé en 1920–1922 dans le noyau de la pyramide, du côté ouest, ce fragment de calcaire peint date de la IVe dynastie, sous Khéops ou Khéphren, soit plus de cinq siècles avant Amenemhat Ier. On y voit au moins quatre archers, trois debout et un agenouillé, tenant un grand arc de la main gauche et deux flèches de réserve. Des bandes croisées sur la poitrine les désignent comme soldats. Les attitudes varient d’un homme à l’autre, ce qui rompt avec la répétition habituelle de ces scènes, et des traces de couleur rouge subsistent sur la peau et sur le bois des arcs. Il s’agit de la plus ancienne scène de bataille conservée en Égypte figurant le siège d’une ville étrangère.
Ce bloc permet de lire la pyramide d’une autre manière. Chaque pierre réemployée vient d’un monument qui n’existe plus, et son étude renseigne autant sur l’Ancien Empire que sur le chantier de la XIIe dynastie. L’égyptologue Hans Goedicke a publié en 1971 les reliefs antérieurs à Amenemhat Ier ; ceux qui sont contemporains du roi ou plus tardifs relèvent d’une autre étude.
Son histoire
Le Metropolitan Museum of Art commença ses fouilles à El-Licht en janvier 1907, sous la direction d’Albert Lythgoe et d’Arthur Mace, avec l’aide d’Herbert Winlock. Ses expéditions y travaillèrent jusqu’en 1934, et le dégagement de la partie nord du site s’acheva en 1922.
La raison du réemploi reste débattue. Récupérer des blocs disponibles pouvait simplement faciliter le chantier. On a aussi proposé d’y voir une volonté de rattacher la nouvelle dynastie aux grands rois de l’Ancien Empire, en incorporant leurs images dans la tombe royale. Aucun texte ne tranche entre ces lectures, qui ne s’excluent d’ailleurs pas. L’emplacement exact d’Itjtaouy, à proximité, demeure l’autre grande question du site.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Hans Goedicke, Re-Used Blocks from the Pyramid of Amenemhet I at Lisht, Metropolitan Museum of Art, 1971 ; Archers (22.1.23), Metropolitan Museum of Art ; The Egyptian Expedition, 1906–1936, Metropolitan Museum of Art.