Dahchour, pyramide noire d’Amenemhat III

Illustration du site Dahchour, pyramide noire d’Amenemhat III
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

La nécropole royale de Dahchour, au sud de Saqqarah, réunit cinq pyramides : les deux grandes pyramides de pierre de Snéfrou et trois pyramides de brique de la XIIe dynastie, celles d’Amenemhat II, de Sésostris III et d’Amenemhat III. La dernière, appelée aujourd’hui « pyramide noire », fut élevée pendant la première partie du règne d’Amenemhat III. Elle ne reçut pourtant jamais le corps du roi : des problèmes techniques, liés au terrain, la firent abandonner comme tombe royale, et Amenemhat III se fit construire une seconde pyramide à Hawara, à l’entrée du Fayoum.

Ce que l’on découvre

De loin, le monument n’a plus le profil net d’une pyramide. Sa masse sombre et usée se dresse à distance de la pyramide de Snéfrou, dans un désert où les pyramides sont séparées par de vastes étendues semées de tombes privées, de carrières, de rampes de chantier, de chaussées et d’anciens quartiers d’ouvriers. Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités la signale comme très dégradée, rongée par l’érosion mais toujours debout.

Ce que l’on voit est pour l’essentiel le cœur de brique crue. C’est sa teinte, et non celle d’un parement disparu, qui a valu au monument son nom moderne. Les pyramides royales de la XIIe dynastie à Dahchour reposent sur ce principe d’un noyau de brique habillé de calcaire, bien documenté à la pyramide voisine de Sésostris III fouillée par le Metropolitan Museum.

Ce qu’il faut regarder

Le détail le plus parlant du monument n’est plus sur place. Son pyramidion, la pierre qui coiffait le sommet, est exposé au Musée égyptien du Caire. Sur la face tournée vers l’est, celle du soleil levant, un disque solaire ailé encadré de deux cobras uræus et une paire d’yeux dominent une inscription hiéroglyphique qui célèbre Rê. La pointe de la pyramide portait ainsi, en pleine lumière, une prière au soleil.

Le second détail se trouve au pied du monument. Près de son angle nord-est, Jacques de Morgan, alors directeur général du Service des antiquités, mit au jour le 16 avril 1894 la sépulture du roi Hor (Aouibrê), souverain du début de la XIIIe dynastie. Le sol argileux avait obligé à l’installer au fond d’une fosse profonde. Pillée dans l’Antiquité, elle conservait encore, posé sur la tête du défunt, un masque de bois doré. La statue de ka de ce roi, en bois stuqué et peint, haute de 1,70 m, aux yeux incrustés de cristal de roche et de quartz, est aujourd’hui au Musée égyptien : les deux bras levés du signe du ka surmontent sa tête, et la figure, fixée sur un panneau, pouvait être retirée de son naos.

Son histoire

La pyramide abandonnée ne resta pas vide de sens. Selon Wolfram Grajetzki, elle servit de lieu de sépulture aux femmes les plus proches du roi. Les fouilles de Jacques de Morgan en 1894–1895 révélèrent, dans les puits situés au nord, des chambres funéraires intactes, dont celles du roi Hor et de la princesse Noub-Hotep. Les chercheurs y voient la trace d’un programme funéraire organisé, qui s’étend de la fin de la XIIe au début de la XIIIe dynastie autour des complexes d’Amenemhat II et d’Amenemhat III. À Hawara, le second complexe du roi comprenait l’immense édifice que les auteurs classiques appelèrent le « Labyrinthe ».

Plusieurs points restent ouverts. La nature exacte des problèmes techniques qui ont condamné le chantier reste à préciser ; l’étude de référence demeure la publication architecturale de Dieter Arnold (1987). Le Musée égyptien parle de « cénotaphe », un mot qui interprète après coup un ensemble aux usages successifs. Les liens familiaux entre le roi Hor, les princesses et Amenemhat III ne sont pas établis : une étude bioarchéologique publiée en 2026 a réexaminé leurs ossements, conservés au Musée égyptien du Caire.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Pyramidion of the pyramid of Amenemhat III, Musée égyptien du Caire ; Wolfram Grajetzki, « Late Middle Kingdom », UCLA Encyclopedia of Egyptology, 2013 ; Zeinab Hashesh, Ahmed Gabr, Roxie Walker et al., « Bioarchaeological reassessment of Dahshur royal skeletal remains from the Late Middle Kingdom », Frontiers in Environmental Archaeology, 2026.