
En quelques mots
El-Kab, l’antique Nekheb, s’étend sur la rive orientale du Nil, à quelque 80 kilomètres au sud de Louxor. Son nom renvoie à Nekhbet, la déesse vautour qui, avec la déesse cobra Ouadjet, protégeait le pharaon. L’occupation du site remonte au Ve millénaire av. J.-C. et se poursuit jusqu’à l’époque copte, mais sa renommée tient surtout à une poignée de tombes rupestres du début du Nouvel Empire. Leurs propriétaires, notables de la ville, ont laissé des textes et des images qui comptent parmi les témoignages les plus directs sur la naissance de la XVIIIe dynastie.
Ce que l’on découvre
Le premier repère est une enceinte monumentale de briques crues, haute d’une dizaine de mètres, qui enferme les temples de Nekhbet et de Thot et une partie de la nécropole ; l’habitat s’étendait sur environ cinq hectares au sud-ouest des temples. À l’est de l’enceinte, une colline de grès est percée de centaines de tombes taillées dans la roche. Quelques-unes, décorées au Nouvel Empire, retiennent l’attention : celles de Pahéri, de Reni, d’Ahmès et de Sétaou. Le site ne se résume pourtant pas à elles. Un mastaba monumental de la IIIe dynastie couronne la colline, qui abrite aussi des tombes de grands prêtres de la fin de l’Ancien Empire. Plus loin dans le désert se trouvent un temple rupestre ptolémaïque consacré à la déesse Shesmetet, un temple d’Amenhotep III dédié à Hathor et à Nekhbet et, entre les deux, le « Rocher des Vautours », couvert de pétroglyphes préhistoriques.
Ce qu’il faut regarder
Dans la tombe d’Ahmès, fils d’Abana, l’image cède la place au texte. La paroi est est presque entièrement couverte de trente et une lignes d’hiéroglyphes, qui ne laissent qu’un espace réduit aux figures ; sa partie gauche a été en grande partie détruite lorsqu’on a ouvert l’accès au caveau. Une figure grandeur nature du défunt accompagne l’inscription, dont la suite, huit lignes, occupe la paroi sud.
Ce récit à la première personne est une autobiographie de soldat. Ahmès y raconte qu’il a grandi à Nekheb, que son père Baba servait déjà le roi Séqenenrê et qu’il lui succéda, très jeune, sur un navire nommé « Le Taureau ». Il accompagna ensuite trois rois, Ahmôsis, Amenhotep Ier et Thoutmosis Ier : siège d’Avaris, siège de Sharouhen, campagnes en Nubie puis expédition jusqu’au Naharina, au nord de la Phénicie. Il énumère les terres reçues dans sa ville, les mains coupées rapportées comme preuves, les prisonniers reçus comme serviteurs et les sept récompenses de « l’or de la vaillance ». Le texte fut l’un des premiers grands dossiers de l’égyptologie naissante : Emmanuel de Rougé lui consacra un long mémoire, publié en 1853 par l’Académie des inscriptions et belles-lettres, qui la présentait comme « une grande inscription tirée des tombeaux d’Élithyia ».
Son histoire
Ces tombes rupestres éclairent un moment précis : l’expulsion des Hyksôs et la reconquête menée par les rois thébains. Mais il s’agit de textes funéraires, écrits pour glorifier leur propriétaire, et leur récit doit être confronté aux autres sources. Il serait trompeur, de plus, d’étendre l’expérience de ces élites à l’ensemble des habitants de la ville.
La recherche archéologique a longtemps privilégié les monuments. Les fouilles belges, commencées en 1937 sous la direction de Jean Capart, ont d’abord exploré les temples de Nekhbet et de Thot. Depuis 2009, les Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles se consacrent surtout à l’habitat, où ils ont mis au jour un creuset de cuivre complet de la IIe dynastie, vers 2900 av. J.-C., le plus ancien exemplaire intact trouvé en Égypte. L’histoire de la ville ordinaire, à l’ombre des grandes tombes, reste encore largement à écrire.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Elkab, Musées royaux d’Art et d’Histoire (Bruxelles) ; The autobiography of Ahmose, son of Abana, Digital Library of Inscriptions and Calligraphies, Bibliotheca Alexandrina ; Emmanuel de Rougé, « Mémoire sur l’inscription du tombeau d’Ahmès, chef des Nautoniers », Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, 1re série, t. III, 1853, Persée.