Identification et localisation
Chounet el-Zébib, ou Shunet el-Zebib, se trouve dans la nécropole nord d’Abydos, à la limite du désert et de l’ancienne zone cultivée. Elle est l’enceinte cérémonielle de Khâsekhemoui, dernier souverain de la IIe dynastie, construite vers 2700–2680 av. J.-C. Deux murs rectangulaires concentriques délimitent un espace de plus de 10 000 m² ouvert au ciel. Le mur intérieur atteint encore approximativement onze mètres de haut et cinq mètres d’épaisseur ; l’enceinte extérieure était moins haute. La tombe du roi se situe séparément à Oumm el-Qaab, environ 1,75 kilomètre au sud. Les deux édifices appartiennent au même paysage funéraire, mais l’enceinte n’est ni la chambre sépulcrale du roi ni un temple de pierre des siècles suivants.
Présentation générale
Le monument est l’unique enceinte royale de cette tradition conservée en élévation à Abydos. D’autres souverains des dynasties I et II avaient bâti des espaces cérémoniels sur la terrasse désertique ; plusieurs ont disparu ou furent démantelés anciennement. Chounet el-Zébib permet donc d’apprécier une monumentalité en brique crue que les tombes royales souterraines d’Oumm el-Qaab rendent moins visible. Les grands murs et les niches de façade affirmaient une présence royale dans le paysage proche de la ville. L’ensemble est un jalon important de l’histoire des complexes funéraires égyptiens avant les constructions de Djéser. Les ressemblances architecturales avec des monuments ultérieurs ne doivent toutefois pas être présentées comme une succession simple et entièrement démontrée.
Monuments et vestiges
Les deux enceintes rectangulaires sont construites en briques de terre crue. La paroi intérieure est particulièrement épaisse et conserve par endroits une hauteur proche de son état ancien ; la paroi extérieure est plus basse. Le jeu des retraits et des niches rappelle une façade de palais et multipliait les surfaces visibles. La cour centrale était largement ouverte, et l’organisation de toutes les activités qui s’y déroulaient ne se lit plus directement dans l’architecture. Les fouilles ont découvert de vastes dépôts de céramiques brisées, principalement des jarres à bière, associés à des crânes de bovins, du charbon et des scellés d’argile. Ces accumulations sont des restes matériels d’offrandes. Elles distinguent la fonction cérémonielle de l’enceinte de la sépulture du roi, située dans le désert d’Oumm el-Qaab. Les portails ont fait l’objet d’études et d’interventions de conservation spécifiques.
Chronologie et phases de construction
Khâsekhemoui fait édifier l’enceinte à la fin de la IIe dynastie. Les recherches suggèrent que son activité rituelle première fut concentrée pendant le règne du roi et jusqu’à ses funérailles. Des scellés au nom de son successeur Netjerikhet-Djéser éclairent la transition, sans livrer le calendrier détaillé des cérémonies. Après cette phase, l’enceinte resta en grande partie intacte pendant près de deux millénaires. Vers la fin du Nouvel Empire et au Ier millénaire av. J.-C., son intérieur devint un lieu de sépulture pour des animaux sacrés, notamment ibis et chiens. À l’époque romaine tardive ou byzantine, des pièces monastiques furent installées contre les murs. Ces transformations expliquent certains vestiges présents aujourd’hui, mais elles appartiennent à des contextes très éloignés du programme royal initial.
Histoire et fonctions
La masse du monument implique une organisation considérable de la production de briques, des transports et du travail de construction. L’espace à ciel ouvert, les entrées et les dépôts d’offrandes indiquent des activités collectives liées à la mémoire royale. Les jarres brisées et le matériel associé permettent d’identifier des offrandes consommées ou déposées, probablement à l’occasion de rituels ; ils ne révèlent ni le texte exact des prières ni l’identité de tous les participants. La séparation entre tombe et enceinte est fondamentale : les premières dynasties développaient un paysage funéraire composé de plusieurs lieux. Des enceintes antérieures d’Abydos montrent que Chounet el-Zébib prolonge une tradition, mais sa survie exceptionnelle lui donne une visibilité sans équivalent. Il faut ainsi distinguer sa représentativité archéologique de son état de conservation singulier.
Fouilles et histoire de la recherche
La North Abydos Expedition a repris l’étude systématique de Chounet el-Zébib à partir de 1986, sous la direction de David O’Connor et de ses collaborateurs. Les fouilles ont examiné les portes, les surfaces intérieures et les phases de réutilisation, dont les tombes d’ibis. Un programme de documentation et de conservation architecturale fut élaboré après l’évaluation de l’état des murs entre 1999 et 2001, puis mis en œuvre avec le soutien de l’American Research Center in Egypt et d’autres partenaires. Les chercheurs ont stabilisé des secteurs menacés en utilisant des matériaux compatibles avec la construction ancienne. Les fouilles menées près du mur sud ont mis au jour d’importants dépôts d’offrandes associés à l’époque de Khâsekhemoui. Le travail associe étude stratigraphique, relevé des murs et protection d’un édifice fragile, sans transformer une réparation moderne en vestige antique.
État de conservation et questions de recherche
L’enceinte est un édifice exceptionnellement conservé, mais elle a subi érosion, fouilles anciennes, usages postérieurs et pertes de briques. Les hauteurs actuelles varient ; un visuel qui montre partout des murs complets serait une restitution. Le détail des rituels reste inféré à partir des dépôts et des formes architecturales. Les sépultures d’animaux et les pièces monastiques appartiennent à des siècles ou millénaires ultérieurs et ne doivent pas être attribuées à Khâsekhemoui. La comparaison avec le complexe de Djéser peut éclairer des traditions architecturales, sans imposer une filiation mécanique. L’image de découverte et
Sources principales
American Research Center in Egypt, « Documentation and Conservation of the Funerary Monument of King Khasekhemwy at Abydos ». https://arce.org/project/http-localhost8811-node-869/ (consulté le 26 septembre 2026).
North Abydos Expedition, Adams, Matthew D., et Wendy Doyon, « What Is the Shunet el-Zebib? Part One », 2019. https://abydos.org/blog/2019/9/30/what-is-the-shunet-el-zebib-part-one (consulté le 26 septembre 2026).
Institute of Fine Arts, New York University, Archaeology Journal 2012–2013, section Abydos. https://www.ifa.nyu.edu/pdfs/publications/IFA_Archaeology_Journal_2012-2013.pdf (consulté le 26 septembre 2026).
