
En quelques mots
Au sud d’Abydos, au pied des falaises du désert, se dresse un sommet naturel de forme pyramidale que les Égyptiens appelaient le mont d’Anubis. Sous le désert, à sa base, Sésostris III, qui régna vers 1880–1850 av. J.-C., fit creuser un immense tombeau souterrain. Environ deux siècles plus tard, pendant la Deuxième Période intermédiaire, d’autres rois choisirent à leur tour ce secteur pour leur sépulture. L’un d’eux, Sénèbkaï, était encore inconnu des historiens avant 2014.
Ce que l’on découvre
Le lieu se comprend comme un paysage plus que comme un monument. La montagne à l’allure de pyramide domine l’ensemble ; à ses pieds, le tombeau royal est entièrement enfoui et ne se signale guère à la surface. Le projet de Sésostris III ne se limitait pas à cette tombe : il comprenait un temple funéraire, appelé Nefer-Ka, « Belle est le ka », centre religieux et administratif, et une ville de fondation, Wah-Sout, occupée pendant quelque deux cents ans, de 1850 à 1650 av. J.-C. environ. La résidence du maire de cette ville, un édifice d’allure palatiale d’environ 45 mètres sur 75, montre l’importance de la communauté chargée du culte du roi. Le temple, la ville et la tombe sont fouillés et étudiés depuis 1994 par la mission du Penn Museum dirigée par Josef Wegner.
Ce qu’il faut regarder
Le tombeau de Sésostris III est une prouesse d’ingénierie. Ses couloirs s’étendent sur quelque 180 mètres et descendent jusqu’à 30 mètres sous la surface. Quatorze blocs de granit, dont le plus lourd pèse environ 215 tonnes, obstruaient le couloir d’entrée. Dans la chambre funéraire, un revêtement de quartzite dissimulait l’emplacement du sarcophage et du coffre à canopes. Josef Wegner y voit la première sépulture royale délibérément cachée de l’histoire égyptienne, bien avant les tombes de la Vallée des Rois.
La tombe de Sénèbkaï, plus modeste, raconte une autre histoire. Découverte début janvier 2014 dans le secteur de la chapelle d’une tombe plus ancienne, celle de Sobekhotep Ier, premier roi de la XIIIe dynastie, elle possède une chambre en calcaire peinte de quatre déesses protectrices du coffre à canopes. Les artisans de Sénèbkaï avaient remployé, pour ce coffre, des planches de cèdre provenant du cercueil de Sobekhotep. Le squelette du roi, étudié en 2015, porte dix-huit blessures atteignant l’os : il mourut de mort violente, vers 35 à 40 ans, au combat ou dans une embuscade.
Son histoire
Le tombeau de Sésostris III fut découvert en 1902 par Arthur Weigall, qui en poursuivit le dégagement en 1903. Parce que le roi possédait aussi une pyramide à Dahchour, il fut longtemps considéré comme un cénotaphe. La mission du Penn Museum l’a rouvert en 2005 ; selon elle, les fouilles menées depuis 2004 apportent des indices archéologiques importants en faveur d’une inhumation effective du roi à Abydos.
La découverte de Sénèbkaï a donné corps à une « dynastie d’Abydos », pouvoir régional des années 1650–1600 av. J.-C. environ, dont il fut le premier ou le deuxième roi. Sept autres tombes royales ont été fouillées sur le même site. L’ordre de succession de ces souverains et l’étendue de leur autorité restent discutés, et la question de la sépulture réelle de Sésostris III n’est pas close.
Sources
Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Josef Wegner, « Beneath the Mountain-of-Anubis », Expedition 48/2, Penn Museum, 2006 ; Josef Wegner, « Discovering Pharaohs Sobekhotep and Senebkay », Expedition, Penn Museum, 2014 ; Communiqué sur l’étude médico-légale de Sénèbkaï, Penn Museum, 2015.