Naucratis, établissement portuaire grec

Illustration du site Naucratis, établissement portuaire grec
Illustration créée pour Visite Égypte. Évocation du site ; elle ne documente pas l’état exact d’un secteur fouillé.

En quelques mots

Naucratis s’élevait dans le Delta occidental, près de l’actuel village de Kôm Gi’eif, sur la rive de l’ancienne branche canopique du Nil. Fondée à la fin du VIIe siècle av. J.-C. comme base pour les marchands grecs et chypriotes, elle servait aussi de port à Saïs, la ville royale de la XXVIe dynastie. Ce fut le premier port grec d’Égypte et, pendant un temps, le seul. La ville était pourtant aussi égyptienne : elle abritait un vaste sanctuaire d’Amon-Rê à côté des sanctuaires grecs.

Ce que l’on découvre

Le site déroute d’abord : aucune colonnade, aucun mur debout. Des champs cultivés, des villages et une dépression où s’étendait un lac, de 1903 à 2011, occupent l’emplacement de l’ancienne ville. Les ruines furent en grande partie arasées dès le XIXe siècle par les fouilleurs et par les sebbakhin, qui prélevaient la terre des tells pour fertiliser les champs. Ce qui subsiste se trouve sous la surface : les carottages suggèrent que quatre à cinq mètres de dépôts archéologiques sont encore conservés sous les champs de l’enceinte d’Amon-Rê.

La lecture du lieu passe donc par les plans. Au nord, le Hellénion, sanctuaire commun de plusieurs cités grecques, et le sanctuaire des Dioscures, protecteurs des marins ; au sud, sous le village d’el-Baradany, la « Grande Enceinte » égyptienne, dont la porte monumentale fut bâtie sous Ptolémée II ; à l’ouest, le rivage du fleuve et ses installations portuaires.

Ce qu’il faut regarder

L’objet qui résume Naucratis n’est pas un monument mais une planche de navire. Retrouvé en 2015 dans les dépôts gorgés d’eau de l’ancienne berge, ce fragment de bois, probablement du pin, porte une mortaise et s’accompagnait d’un tenon percé pour une cheville : un assemblage caractéristique de la construction navale méditerranéenne. Déposé au début du IVe siècle av. J.-C. ou avant, il prouve que des navires de haute mer remontaient le Nil jusqu’au port. Au même endroit, des figurines de terre cuite (Hathor, un « cavalier perse ») ont peut-être été jetées dans le fleuve lors de fêtes liées à la crue.

Autre détail éloquent : la rive n’est pas restée fixe. Le bras canopique s’est déplacé d’est en ouest, d’environ 86 mètres en douze siècles, et les quais ont suivi le fleuve.

Son histoire

Selon Hérodote, Amasis (570–526 av. J.-C.) installa des Grecs à Naucratis, qui détint pour un temps le monopole du commerce méditerranéen entrant en Égypte. Milet, Samos et Égine y fondèrent leurs propres sanctuaires, tandis que neuf autres cités d’Ionie, de Doride d’Asie Mineure et de Lesbos se partageaient le Hellénion. La ville ne disparut pas avec la fondation d’Alexandrie : elle obtint à l’époque ptolémaïque le statut de cité grecque et resta occupée jusque vers le VIIe siècle apr. J.-C., soit environ douze siècles.

Flinders Petrie et Gardner la fouillèrent en 1884–1886, David Hogarth en 1899 et 1903, puis les équipes de Coulson et Leonard de 1977 à 1983. Plus de 18 000 objets issus de ces fouilles sont aujourd’hui dispersés dans plus de 70 musées. Le British Museum a repris le terrain à partir de 2012. Beaucoup reste à comprendre : les plans anciens se raccordent mal entre eux, et l’étendue de la ville à chaque époque demeure discutée.

Sources

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : Naukratis: Greeks in Egypt, British Museum ; Ross Thomas et Alexandra Villing, « The Harbour of Naukratis, “Mistress of Ships” », rapport de fouille 2015, British Museum et Honor Frost Foundation ; Stefan Pfeiffer, « Egypt and Greece Before Alexander », UCLA Encyclopedia of Egyptology, 2013.