Naucratis, établissement portuaire grec : fiche complète

Planche interprétative consacrée à Naucratis, établissement portuaire grec
Composition interprétative non métrique ; les positions et proportions ne constituent pas un relevé de fouille.

Identification et localisation

Naucratis (Naukratis) correspond au site de Kôm Gi’eif, dans le gouvernorat de Beheira, au bord de l’ancienne branche canopique du Nil, dans le Delta occidental. Les villages d’Abou Mishfa, au nord, et d’el-Baradany, au sud, en recouvrent une partie. La ville, qui servait de port à Saïs, la résidence royale de la XXVIe dynastie, fut occupée de la fin du VIIe siècle av. J.-C. (vers 620) jusque vers 650 apr. J.-C. À son apogée, l’agglomération couvrait au moins 52 hectares, hors cimetières et canaux.

Un emporion entre deux économies

La présence grecque est attestée dès le VIIe siècle av. J.-C. La tradition grecque postérieure fit de Naucratis une colonie milésienne ; il s’agissait en réalité d’un port de commerce ouvert à de nombreuses cités. Selon Hérodote (II, 178 et suiv.), Amasis (570–526 av. J.-C.) y installa des Grecs, et le port détint un temps l’exclusivité du commerce méditerranéen entrant en Égypte. Milet, Samos et Égine y possédaient leurs propres sanctuaires ; Chios, Clazomènes, Téos, Phocée, Rhodes, Halicarnasse, Cnide, Phasélis et Mytilène avaient pour centre religieux le Hellénion. Stefan Pfeiffer décrit l’emporion comme une zone tampon entre le système redistributif égyptien et le libre-échange grec. À l’époque ptolémaïque, Naucratis obtint le statut de polis.

La Grande Enceinte d’Amon-Rê

Le sud de la ville était dominé par la « Grande Enceinte », un temenos égyptien de 298 × 259 mètres consacré à Amon-Rê et aux divinités associées, fermé par un mur de briques crues et ouvert par un pylône de 107 × 24 mètres élevé sous Ptolémée II. Un sanctuaire existait à cet emplacement au moins depuis le VIe siècle av. J.-C. La magnétométrie y a révélé un édifice rectangulaire de 47 × 35 mètres, sans doute le temple, mal aligné sur le pylône et donc peut-être antérieur, ainsi qu’une construction à casemates de 21 mètres de côté. Un tronçon de quai en pierre, long de 13 mètres, dégagé à el-Baradany, marquait probablement l’accès fluvial de la voie processionnelle bordée de béliers et de sphinx.

Le port, « maîtresse des navires »

Les carottages ont localisé le chenal canopique, profond de 3 à 5 mètres près de la berge, qui s’est déplacé de 86 mètres vers l’ouest pendant les quelque douze siècles d’activité du port. Des fragments de coque de navires méditerranéens, dont une planche de pin à mortaise et tenon déposée au plus tard au début du IVe siècle av. J.-C., confirment la venue de bateaux de haute mer. Au nord, les fouilles de 2015 ont précisé les premières phases du Hellénion, bâti sur une plateforme, et localisé avec certitude le sanctuaire des Dioscures grâce à une coupe de Grèce de l’Est portant une dédicace.

De Petrie au projet du British Museum

Petrie et Gardner fouillèrent le site en 1884–1886, Hogarth en 1899 et 1903, Coulson et Leonard de 1977 à 1983. Le secteur des sanctuaires fut ensuite recouvert par un lac jusqu’en 2011. Le projet « Naukratis: Greeks in Egypt » du British Museum (2004–2024), dirigé par Alexandra Villing, a recensé plus de 18 000 objets issus des fouilles anciennes, dispersés dans plus de 70 musées ; le terrain, repris en 2012 sous la direction de Ross Thomas, a livré plus de 42 000 objets dans 38 tranchées. Les plans de Petrie, dont les relevés présentent des incohérences, restent à réconcilier avec la géophysique, et le phasage de l’enceinte d’Amon-Rê demeure discuté.

Sources principales

Sources (consultées le 30 septembre 2026) : The harbour of Naukratis, British Museum ; Stefan Pfeiffer, « Egypt and Greece Before Alexander », UCLA Encyclopedia of Egyptology, 2013 ; Ross Thomas, « Naukratis, “Mistress of Ships”, in Context », dans D. Robinson et F. Goddio (dir.), Thonis-Heracleion in Context, Oxford Centre for Maritime Archaeology, 2015.

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