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Bouto, les premiers habitats du Delta : fiche complète

Schéma interprétatif des niveaux et installations de Bouto
Planche interprétative des niveaux et installations de Bouto, non coupe stratigraphique métrique.

Identification et localisation

Bouto, ou Tell el-Fara’in, est un ensemble de tells du nord-ouest du delta du Nil, dans l’actuel gouvernorat de Kafr el-Cheikh. Le nom grec Bouto renvoie à la ville historique ; les niveaux dont il est question ici appartiennent aux premières occupations, au début du IVe millénaire av. J.-C. Le site comprend plusieurs buttes d’habitat et un secteur de sanctuaire plus tardif. L’association traditionnelle à la déesse Ouadjet concerne surtout l’histoire religieuse des phases dynastiques et ne décrit pas la fonction de chaque niveau ancien. La topographie de la plaine et la profondeur des couches rendent la lecture du peuplement prédynastique dépendante des sondages, de la stratigraphie et de l’étude des objets.

Présentation générale

L’occupation ancienne de Bouto est importante pour l’histoire propre du Delta avant l’unification de l’Égypte. Les campagnes du Deutsches Archäologisches Institut ont identifié une séquence stratifiée qui commence sur une dune sableuse et se prolonge jusqu’à l’Ancien Empire. Les premières phases livrent surtout des vestiges d’habitat et de production, non un édifice monumental isolé. L’évolution des poteries et des modes de construction renseigne sur les traditions locales et sur des contacts avec le Levant méridional. Les couches supérieures témoignent d’autres usages de la ville ; leur visibilité ne doit pas être projetée sur le IVe millénaire.

Monuments et vestiges

Un sondage profond a atteint les premiers dépôts d’occupation sur la surface d’une dune. Les céramiques les plus anciennes associent des vases façonnés à la main et d’autres qui présentent des techniques et formes proches de traditions chalcolithiques du Levant méridional. Ces derniers sont cependant fabriqués en limon nilotique local. Dans les niveaux prédynastiques plus récents, les fouilles ont reconnu des constructions légères, probablement en clayonnage enduit de terre, et des espaces liés aux activités agricoles et domestiques. Des installations circulaires interprétées comme des fours de brasserie ont été étudiées dans une phase Nagada IIC/D ; deux fosses contenant de nombreux coquillages se trouvaient en dessous. Les constructions en brique crue et les ensembles administratifs appartiennent aux phases suivantes. Les trois grandes buttes actuelles résument donc une histoire bien plus longue que les seuls premiers habitats.

Chronologie et phases de construction

Les premières traces découvertes par le DAI remontent au début du IVe millénaire av. J.-C. Le mobilier des couches anciennes appartient à un horizon antérieur à la généralisation des formes dites Bouto-Maadi. Les habitats légers atteints dans les fouilles sont datés, par la céramique associée, de la fin de cette tradition de Basse-Égypte, vers Nagada IIIA1. Des aménagements domestiques et de production se poursuivent à Nagada IIIB. Du début de la Ire dynastie au milieu de la IIe, trois grandes phases de construction ont été distinguées dans un ensemble interprété comme un domaine à fonctions économiques et administratives. Cette histoire ne doit pas être décrite comme une occupation ininterrompue jusqu’aux époques tardives : après l’Ancien Empire, le site connut un long hiatus avant de nouvelles phases d’occupation au Ier millénaire av. J.-C. et au-delà.

Histoire et fonctions

Les premiers habitants exploitaient une position légèrement surélevée dans une plaine deltaïque humide. Les sols, les poteries et les installations de cuisson renvoient à des activités résidentielles et alimentaires. Le voisinage de techniques céramiques différentes suggère des échanges de savoir-faire ou la coexistence temporaire de personnes d’origines variées ; l’archéologie ne permet pas d’identifier directement leurs langues ni leur statut. La diminution progressive des formes proches du Levant et la diffusion des céramiques de Basse-Égypte montrent une transformation des assemblages, non un événement ponctuel. Les fours circulaires et les coquillages fournissent des indices concrets sur la production et les ressources locales. Les fonctions administratives mieux reconnues dans les phases dynastiques sont un développement ultérieur.

Fouilles et histoire de la recherche

Le site a attiré plusieurs missions depuis la fin du XIXe siècle. Les recherches britanniques du XXe siècle ont documenté différentes zones de Tell el-Fara’in ; les travaux du Deutsches Archäologisches Institut du Caire ont ensuite établi une séquence de référence pour les niveaux prédynastiques et des premières dynasties. Les campagnes de 2017 et 2018 ont prolongé un sondage jusqu’au début de l’occupation, révélant le mélange de traditions céramiques et précisant les installations de brasserie. Ulrich Hartung a publié les résultats sur les constructions légères et la succession du domaine des premières dynasties. Des prospections du paysage et, plus récemment, des méthodes géophysiques aident à situer les vestiges enfouis autour des buttes. Ces méthodes complètent la fouille, mais une anomalie détectée à distance doit encore être datée et interprétée par le contexte archéologique.

État de conservation et questions de recherche

Le tell conserve des couches épaisses, mais la nappe d’eau et les dépôts alluviaux compliquent l’accès aux niveaux les plus anciens. Les constructions légères laissent des traces plus discrètes que la brique crue des périodes suivantes ; leur plan et leur fonction demeurent parfois hypothétiques. Les vestiges visibles en surface appartiennent surtout à des phases tardives et ne constituent pas une image directe de la première occupation. L’interprétation des céramiques d’allure levantine est également nuancée : leur fabrication locale indique un transfert de techniques ou de formes, mais ne prouve pas à elle seule l’arrivée d’un groupe défini. Les fouilles distinguent clairement la culture de Basse-Égypte des niveaux dynastiques ultérieurs. L’histoire de Bouto se reconstruit en articulant ces phases, sans les fondre dans une seule « ville prédynastique ».

Sources principales

Hartung, Ulrich, « Gouvernorat Kafr esch-Scheich, Ägypten. Tell el-Faraʿin (Buto) im Nildelta. Die Arbeiten der Jahre 2017 und 2018 », e-Forschungsberichte des DAI, 2018, p. 39–43. https://doi.org/10.34780/1512-2ajm (consulté le 26 septembre 2026).
Hartung, Ulrich, « Tell El-Fara’In (Buto), Ägypten », e-Forschungsberichte des DAI, publication en ligne 2023, p. 25–29. https://doi.org/10.34780/6972-9791 (consulté le 26 septembre 2026).
Hartung, Ulrich, « Buto, Ägypten: Die Siedlungsgeschichte des Fundplatzes Buto », e-Forschungsberichte des DAI, publication en ligne 2023, p. 9–13. https://doi.org/10.34780/s6e7-b1w7 (consulté le 26 septembre 2026).
Griffith Institute, University of Oxford, « Tell el-Fara’in », Artefacts of Excavation. https://egyptartefacts.griffith.ox.ac.uk/node/1172/ (consulté le 26 septembre 2026).

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