Rosette, enfin le calme du Nil

Une barque à voile gagne les eaux calmes du Nil près de Rosette, après le passage de la barre.
Une barque sur le Nil à Rosette, 1798. Aquarelle interprétative créée avec l’IA. © Visite Égypte.

Dans les pas de Vivant Denon · 1798. Récit adapté du témoignage du voyageur.

Le Nil est tout près, mais nous ne trouvons pas son entrée. Devant nous, la mer se brise sur la barre du fleuve. À bord, le général Menou est blessé, et personne ne sait combien de temps nous pouvons encore attendre.

Un départ à recommencer

Nous devions quitter Alexandrie pour Rosette. Le premier jour, nos capitaines ont surtout appris à connaître les dangers du port. Après avoir évité un obstacle et manqué d'en rencontrer un autre, ils nous ont ramenés au mouillage. J'en ai profité pour dessiner le château construit sur l'emplacement du Phare. C'était toujours cela de pris sur une journée qui nous laissait à peu près au point de départ.

Le lendemain, le vent se renforce. Menou est saisi d'un mal de mer si violent qu'il tombe et se frappe la tête contre un canon. La blessure est large ; aucun de nous n'ose en sonder la profondeur. Faut-il rejoindre les chirurgiens de la flotte, mouillée devant Aboukir, ou poursuivre jusqu'au fleuve ? Les marins promettent une arrivée prochaine. Nous continuons.

Je réussis encore à prendre une vue de la côte. Puis le paysage se réduit aux vagues, à leur bruit, à un bâtiment naufragé que la mer achève de rompre. Nous sommes devant l'embouchure. Pour l'instant, elle ne ressemble guère à un refuge.

Le canot

Bonnecarère et moi descendons dans une petite embarcation pour reconnaître le passage. Une fois éloignés du bord, nous ne voyons plus que les crêtes qui nous entourent. Le mal de mer me prend à mon tour. Je m'enveloppe dans mon manteau ; je préférerais ne plus regarder.

Un homme suspendu à une corde me fait pourtant relever la tête. Il a manqué son embarquement depuis une felouque et ses bras commencent à céder. Je crie. Les matelots crient avec moi. À bord de son bâtiment, on cherche d'abord ce que nous voulons ; enfin quelqu'un le voit et le remonte. Nous pouvons regagner notre aviso.

À la nuit, nous tentons de nouveau le passage, cette fois avec le général installé dans le canot. Le bateau brisé et les brisants nous servent de repères. Il faut les éviter tous les deux.

L'autre eau

Une heure de navigation, un angle de côte, un virage à droite : nous entrons dans le Nil. Le mouvement de l'embarcation change. Après le fracas de la mer, le calme du fleuve paraît presque invraisemblable.

Les rives deviennent vertes. Menou se redresse ; nous restons inquiets pour sa blessure, mais le roulis a cessé de le tourmenter. Bientôt Rosette se découvre parmi les dattiers, les bananiers et les sycomores. Je peux regarder autre chose que la prochaine vague.