Karnak, Amon : les fondations et le temple de Sésostris Ier

Planche interprétative consacrée à Karnak, premières grandes phases du temple d’Amon
Composition interprétative non métrique ; les positions et proportions ne constituent pas un relevé de fouille.

Identification et localisation

Le centre du domaine d'Amon-Rê à Karnak, sur la rive est de Thèbes, résulte d'une très longue succession de chantiers. La présente fiche concerne les premières phases attestées dans et autour de la « cour du Moyen Empire », et non les pylônes ou la grande salle hypostyle visibles ailleurs. Le CFEETK situe l'attestation du sanctuaire au moins à la XIe dynastie grâce à une colonnette au nom d'Antef II, découverte en 1984 et conservée au musée de Louxor. Cette pièce atteste un édifice de culte ; elle n'en livre pas le plan complet. Des fondations de grès et de calcaire témoignent d'un temple primitif reconstruit et agrandi pendant la XIe et le début de la XIIe dynastie. Leur lecture dépend de fouilles stratigraphiques, car la plateforme a reçu des réemplois et des interventions ultérieures. Les chercheurs évitent de réduire ces vestiges à un unique état. Leurs relevés documentent les blocs, les tranchées de fondation et le sol ancien. La connaissance de ces premières étapes peut encore évoluer à mesure que les secteurs sont enregistrés.

Présentation générale

Sous Sésostris Ier, une vaste fondation de calcaire recouvrit et entoura la plateforme antérieure en grès. Le CFEETK estime que le nouveau temple avait une emprise environ quatre fois supérieure. Il décrit une façade à portique de piliers osiriaques, puis une cour et trois salles successives. Quatre seuils de granit, avec des vestiges de jambages nommant le roi, demeurent en place sur l'axe. Ils servent de repères majeurs pour restituer la succession des espaces, mais les murs et les élévations ne subsistent plus dans leur intégralité.

Monuments et vestiges

Le bâtiment employait du calcaire de Tourah et des portes de granit rose d'Assouan. Le naos de bois doré qui accueillait la statue divine reposait sur un socle de calcite. Ce socle fut retrouvé près de la cour et replacé autrefois sur l'axe ; le CFEETK juge cette position incorrecte et le restitue initialement selon une orientation nord-sud. Cette correction illustre la différence entre la provenance d'un élément, sa mise en scène moderne et son emplacement originel supposé.

Chronologie et phases de construction

Le temple était un espace de culte quotidien et de manifestation du dieu Amon-Rê. Son orientation vers le lever du soleil au solstice d'hiver est analysée par le CFEETK comme une dimension solaire du sanctuaire. Cette lecture doit être reliée à l'architecture documentée et ne transforme pas chaque détail de la restitution en fait certain. Le portique fut ensuite supprimé lors de travaux d'Hatchepsout. Des éléments du décor de Sésostris Ier furent repris sur un mur de son nouvel aménagement, révélant une continuité mémorielle autant qu'une transformation matérielle.

Histoire et fonctions

Au Nouvel Empire, les nouvelles constructions modifièrent l'accès et l'usage du noyau ancien. Le CFEETK indique qu'à partir de Thoutmosis III, les inondations occasionnelles rendaient le temple de Sésostris Ier impropre au rituel quotidien, qui fut transféré dans l'Akhmenou plus à l'est. Au Moyen Âge, les chaufourniers firent disparaître l'essentiel de sa superstructure de calcaire et une partie de la fondation. Les vestiges visibles sont ainsi le résultat d'une longue histoire de construction, de réemploi et de destruction.

Fouilles et histoire de la recherche

La Chapelle blanche de Sésostris Ier est un édifice distinct, lié à la barque divine. Ses blocs furent réemployés dans le troisième pylône, dégagés entre 1927 et 1934, puis remontés en 1937–1938. Selon les archives du CFEETK, son emplacement initial est inconnu ; son implantation actuelle dans le musée de plein air ne prouve pas qu'elle se dressait là dans l'Antiquité. Elle peut servir à comprendre le décor royal de l'époque, mais ne doit pas être confondue avec le sanctuaire central de la cour du Moyen Empire.

État de conservation et questions de recherche

Du temple de Sésostris Ier, il ne reste que les seuils de granit, demeurés à leur emplacement d’origine, et les assises basses des fondations : les chaufourniers médiévaux ont emporté presque tout le calcaire. La cour du Moyen Empire apparaît donc aujourd’hui comme une vaste esplanade presque vide, entre le sanctuaire de la barque et l’Akhmenou. Le seul remaniement moderne connu concerne le socle de naos en calcite, replacé sur un massif de béton.

Les sondages de 1998, publiés par Luc Gabolde, Jean-François Carlotti et Ernst Czerny, ont montré que la plateforme de grès est antérieure au temple de Sésostris Ier et qu’elle portait sans doute un temple, et non une simple aire d’offrandes. Ils ont aussi écarté des « structures de briques crues » signalées par les fouilleurs précédents, qui n’étaient qu’un massif de terre vierge entre deux fosses. Plusieurs points restent discutés. Le sanctuaire d’Antef II n’a pas été retrouvé, et l’attribution de la plateforme à l’un des Montouhotep reste incertaine. Le plan exact du temple qui a précédé celui de Sésostris Ier est inconnu, car il n’en subsiste que deux assises. Enfin, la lecture solaire de l’axe reste une interprétation. La destruction de la plupart des niveaux anciens par les fosses de fondation limite les données disponibles.

Sources principales

Sources principales : CFEETK–CNRS/MoTA, « Karnak des origines ». Fouilles dans la cour du Moyen Empire et le temple primitif, https://www.cfeetk.cnrs.fr/travaux/fouilles-cour-du-moyen-empire/ ; Archives scientifiques du CFEETK, « Chapelle blanche », https://www.cfeetk.cnrs.fr/archives/?n=102702 ; Luc Gabolde, Karnak, Amon-Rê. La genèse d'un temple, la naissance d'un dieu, BdE 167, 2018, cité par le CFEETK (consultées le 27 septembre 2026) ; Luc Gabolde, Jean-François Carlotti et Ernst Czerny, « Aux origines de Karnak : les recherches récentes dans la “cour du Moyen Empire” », BSÉG 23, 1999 (consultée le 22 octobre 2026).

← Revenir à la découverte