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Qakarê Ibi, la dernière pyramide à textes de l’Ancien Empire

Image symbolique : trois silhouettes royales sans visage, coiffées de la couronne blanche, du némès et de la couronne rouge
Image symbolique commune aux souverains sans portrait individuel : elle ne représente pas le visage de ce souverain. Couronnes d’après la statue de Sésostris Ier et le relief d’Ahmôsis, Metropolitan Museum of Art.

Un roi memphite de la fin de l’Ancien Empire

Qakarê Ibi appartient à la VIIIe dynastie, une suite de rois qui gouvernent encore depuis Memphis après la disparition de Pépi II. Son nom de couronnement, Qakarê, signifie « Le ka de Rê est puissant ». Son règne fut bref : quelques années tout au plus, selon la reconstitution des listes royales. Ibi est pourtant l’un des souverains les mieux connus de sa dynastie, parce qu’il a laissé une pyramide. Ce monument, modeste mais inscrit, montre que la royauté memphite conserve à cette époque les formes et les rites de l’Ancien Empire, alors même que son autorité réelle diminue dans le pays.

Sa place dans les listes royales

La table d’Abydos, gravée sous Séthi Ier environ neuf siècles plus tard, cite Qakarê parmi les rois memphites qui suivent la VIe dynastie. Le papyrus royal de Turin, très fragmentaire, conserve aussi son nom dans cette suite. Ces deux documents confirment qu’Ibi était reconnu comme un roi légitime par la tradition égyptienne. Ils ne permettent pas, en revanche, de fixer précisément la durée de son règne ni l’ordre exact de tous ses voisins de liste : les lacunes du papyrus et les divergences entre spécialistes imposent la prudence. On le situe généralement vers la fin du XXIIe siècle avant notre ère.

Une pyramide à Saqqara-Sud

Ibi fait construire sa pyramide à Saqqara-Sud, non loin du complexe de Pépi II. Le choix du lieu n’est pas anodin : il inscrit le nouveau roi dans la continuité du grand souverain de la VIe dynastie. Le monument a été fouillé par l’archéologue suisse Gustave Jéquier entre 1929 et 1931. Sa base mesurait environ trente et un mètres de côté, bien loin des pyramides de Gizeh. Le revêtement de calcaire fin n’a jamais été posé, et il ne reste aujourd’hui qu’un tas de blocs et de débris de quelques mètres de haut. Aucune chaussée ni aucun temple de la vallée n’ont été retrouvés.

Les derniers Textes des pyramides royaux

L’intérêt majeur du monument se trouve sous terre. Les parois de la chambre funéraire portent des Textes des pyramides, ces formules destinées à assurer au roi défunt sa renaissance et son ascension auprès des dieux. Depuis Ounas, à la fin de la Ve dynastie, les rois gravaient ces textes dans leur tombe. La pyramide d’Ibi en offre le dernier exemple royal connu. Les formules y sont disposées de façon moins ordonnée que dans les pyramides plus anciennes, et Jéquier en jugeait la qualité assez moyenne. Des travaux récents, comme la thèse de Carlos Alvarez, étudient ces particularités pour comprendre comment les scribes copiaient et adaptaient leurs modèles.

Une chapelle de brique

Contre la pyramide, un petit temple funéraire de brique crue accueillait le culte du roi défunt. Jéquier y a reconnu une salle d’offrandes et des magasins. L’emploi de la brique, là où les rois précédents utilisaient la pierre, reflète des moyens plus limités. Certains chercheurs ont remarqué que le plan et les dimensions de la pyramide ressemblent à ceux des pyramides des reines de Pépi II. Ils ont proposé qu’Ibi ait repris un monument commencé pour une reine. L’hypothèse reste discutée, mais elle rappelle que les derniers rois memphites devaient composer avec des ressources réduites.

Un pouvoir qui se réduit

Le règne d’Ibi se situe dans une période où la royauté memphite perd progressivement le contrôle du pays. Les gouverneurs de province, les nomarques, transmettent leurs charges à leurs fils et agissent de plus en plus librement. Les décrets de ses successeurs, retrouvés à Coptos, montrent que les rois s’appuient désormais sur de grandes familles provinciales pour tenir la Haute-Égypte. La pyramide d’Ibi doit donc être lue dans ce contexte : elle affirme une royauté fidèle aux traditions, mais elle ne prouve pas que le roi gouvernait encore l’ensemble de l’Égypte comme ses prédécesseurs.

Ce que révèle ce règne

Qakarê Ibi n’a laissé ni récit de campagne ni grand chantier. Son importance tient à sa position : il marque la fin d’une tradition, celle des pyramides royales inscrites de l’Ancien Empire. Après lui, il faudra attendre le Moyen Empire pour que les rois reviennent à de grandes pyramides, et les formules funéraires passeront peu à peu sur les sarcophages des particuliers. Son monument, petit et inachevé, résume bien la VIIIe dynastie : une royauté qui garde ses rites et ses symboles, mais dont la capacité d’action se réduit à mesure que les provinces s’affirment.

Sources principales