Un roi connu par ses décrets
Néferkaouhor est l’un des derniers rois de la VIIIe dynastie memphite. Son nom de couronnement signifie « Les ka d’Horus sont parfaits ». On ne lui connaît ni pyramide ni statue. Il est pourtant l’un des souverains les mieux documentés de sa dynastie grâce à une série de décrets gravés sur pierre et retrouvés dans le temple du dieu Min à Coptos, en Haute-Égypte. Ces textes officiels ne racontent pas des exploits. Ils règlent des nominations, des titres et des offrandes. C’est justement ce qui les rend précieux : ils montrent comment un roi de Memphis gouvernait, à la fin de l’Ancien Empire, une province éloignée de sa capitale.
Sa place dans les listes royales
La table d’Abydos, gravée sous Séthi Ier, place Néferkaouhor parmi les derniers rois memphites avant Montouhotep II. Dans le papyrus royal de Turin, son nom se trouve dans une lacune, mais la reconstitution de Kim Ryholt lui attribue un règne très court, d’environ deux ans. Les dates absolues restent incertaines. Selon les chronologies, on le situe vers la fin du XXIIe siècle avant notre ère, peu avant que les rois d’Héracléopolis ne prennent la première place au nord. Le Metropolitan Museum de New York, qui conserve plusieurs de ses décrets, retient une chronologie plus basse.
Les décrets de Coptos
Les décrets de Coptos forment un ensemble de textes royaux émis de Pépi Ier jusqu’à la fin de la VIIIe dynastie. Une partie a été découverte lors des fouilles françaises de 1910 et 1911, une autre est entrée au Metropolitan Museum en 1914. Les décrets de Néferkaouhor étaient exposés à la porte du temple avant d’être enfouis sous ses sols lors de travaux ultérieurs. Plusieurs d’entre eux portent la même date, dans la première année du règne, appelée « année de l’union des Deux Terres ». Cette formule, habituelle au début d’un règne, affirme une unité du pays que la situation politique rendait pourtant fragile.
Shemay et sa famille
Le principal bénéficiaire de ces décrets est Shemay, un grand personnage de Coptos, devenu vizir. Le roi accorde des titres à sa propre fille aînée, Nebyet, épouse de Shemay, et organise le service funéraire du couple. Il nomme ensuite Idy, fils de Shemay, gouverneur des nomes les plus méridionaux de la Haute-Égypte, et confie des fonctions au temple de Min à d’autres membres de la famille. Ces textes montrent un roi qui s’appuie sur une seule lignée provinciale, liée à la famille royale par mariage, pour tenir le Sud. Le pouvoir se partage désormais entre Memphis et les grandes familles locales.
Le temple de Min à Coptos
Coptos occupe une position stratégique. La ville commande l’accès aux pistes du désert oriental qui mènent aux carrières du ouadi Hammamat et vers la mer Rouge. Son dieu, Min, protège les voyageurs de ces régions. Les décrets royaux y règlent le personnel du temple, ses biens et les offrandes. En protégeant le sanctuaire et ses prêtres, le roi s’assure la fidélité d’une région importante pour les expéditions et les approvisionnements. Il n’est pas surprenant qu’une partie essentielle de la documentation de la VIIIe dynastie provienne de ce lieu plutôt que de Memphis.
Un pouvoir partagé
Les décrets de Néferkaouhor sont souvent lus comme le signe d’une royauté affaiblie, obligée de déléguer l’essentiel de son autorité. Cette lecture est juste en partie. Le roi conserve la capacité de nommer, de conférer des titres et de faire graver ses ordres dans un grand temple. Mais ces actes profitent à une famille qui cumule déjà les charges locales. Le vizirat et le gouvernement du Sud se concentrent entre les mêmes mains. Ce modèle annonce la situation de la Première Période intermédiaire, où les pouvoirs régionaux, à Héracléopolis puis à Thèbes, finiront par se disputer la royauté elle-même.
Ce que révèle ce règne
Néferkaouhor n’a régné que peu de temps et n’a laissé aucun monument connu. Son intérêt historique tient à la nature de sa documentation : des actes administratifs précis, datés et nominatifs, rares pour cette époque. Ils permettent de suivre une famille sur plusieurs générations et de comprendre les liens entre le roi, le vizir et les temples de province. Le dernier roi connu de la dynastie adressera encore un décret à Idy, devenu vizir à son tour. Peu après, la VIIIe dynastie disparaît, et l’histoire de l’Égypte se joue désormais entre Héracléopolis et Thèbes.
