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Taharqa, les grands chantiers koushites face à l’Assyrie

Portrait au trait de Taharqa
Portrait au trait d’après : Sphinx de Taharqa, British Museum, EA1770. Photographie de référence : BabelStone, CC BY-SA 3.0.

Un règne au sommet de la XXVe dynastie

Taharqa, Khounéfertemrê, règne approximativement de 690 à 664 avant notre ère. Il est l’un des souverains les plus visibles de la XXVe dynastie koushite en Égypte. Ses monuments se trouvent de Thèbes aux sanctuaires de Nubie. Son gouvernement est également marqué par les affrontements avec l’empire assyrien, puissance majeure du Proche-Orient. UCL Digital Egypt souligne à la fois l’ampleur de ses constructions et les campagnes qui finirent par le contraindre à se replier vers le sud. Le récit ne doit donc pas opposer un roi bâtisseur paisible à un roi en guerre : les deux dimensions sont simultanées. Les stèles, les temples, les sources assyriennes et la nécropole de Nouri permettent d’en faire une histoire documentée.

Karnak et la représentation d’Amon

Taharqa intervint largement à Thèbes. À Karnak, ses colonnes et ses inscriptions mettent en scène le lien privilégié entre le roi et Amon. Pour une dynastie dont le centre religieux se trouvait aussi à Napata, ce sanctuaire était un lieu décisif de légitimité. Les constructions n’étaient pas de simples copies du Nouvel Empire : elles reprenaient des formes anciennes pour une politique du VIIe siècle avant notre ère. Les spécialistes doivent dater les phases et distinguer les parties conservées des restaurations postérieures. Le nom de Taharqa sur des monuments thébains confirme sa présence officielle dans la ville, mais ne suffit pas à expliquer toutes les relations avec les familles sacerdotales et les administrations locales.

Les temples de Nubie

À Kawa, Sanam et Tabo, Taharqa fit bâtir ou agrandir des sanctuaires. Ces lieux montrent que son royaume ne se définissait pas uniquement par la possession de l’Égypte. La Nubie demeurait une terre dynastique et cultuelle, dotée de ses propres paysages sacrés. Les programmes architecturaux y associaient Amon, la royauté et la mémoire des ancêtres. Des inscriptions à Faras et des objets de Nouri complètent cette carte. Il faut considérer les échanges de matériaux, d’artisans et de modèles entre les deux régions, sans réduire la Nubie à une périphérie. Le règne de Taharqa relie deux vallées du Nil par une politique de temples, de titres et de déplacements de cour.

L’Assyrie et les campagnes répétées

Les armées assyriennes interviennent en Égypte à plusieurs reprises pendant le règne de Taharqa. Les textes des deux camps doivent être confrontés, car chacun proclame ses succès et sélectionne les revers de l’adversaire. La prise de Memphis, les retraits et les retours montrent un conflit à épisodes, pas une bataille unique décidant immédiatement du sort du pays. Taharqa conserve des soutiens et une capacité d’action malgré les défaites. L’Assyrie cherche, de son côté, à s’appuyer sur des responsables locaux du Delta. Cette stratégie régionale rend le tableau plus complexe que la simple opposition de deux empires. Elle prépare l’ascension des souverains saïtes de la XXVIe dynastie.

La fin du contrôle égyptien

UCL rappelle que Taharqa fut finalement forcé de se replier vers la Nubie après les offensives assyriennes. Les détails de la chronologie et de l’autorité encore exercée dans certaines régions demandent une lecture des inscriptions locales. La perte de Memphis ou de Thèbes à une date donnée ne signifie pas que toutes les relations de la dynastie avec l’Égypte aient cessé instantanément. Son successeur Tanoutamon tentera encore une reconquête. Il faut donc distinguer la fin d’un contrôle stable, la persistance de prétentions royales et la mémoire cultuelle des rois koushites. Les monuments de Taharqa continuèrent de marquer les paysages bien après ses retraits militaires.

Nouri et la sépulture du roi

Taharqa fut enterré à Nouri, dans une pyramide koushite. Un chaouabti conservé au Metropolitan Museum provient vraisemblablement de cette sépulture et témoigne de l’équipement funéraire du souverain. L’objet réunit une forme égyptienne familière et une pierre nubienne caractéristique. La tombe rappelle que la dynastie conserve son ancrage méridional même lorsqu’elle gouverne l’Égypte. Le monument funéraire ne raconte pas les batailles contre l’Assyrie, mais il révèle où la famille royale situe sa continuité. L’étude du site, des objets et des inscriptions permet d’éviter une histoire de Taharqa qui se terminerait seulement par une défaite. Sa postérité se poursuit dans les royaumes du Nil moyen.

Une figure à deux horizons

Taharqa mérite un article développé parce que son règne relie l’histoire de l’Égypte, celle de Koush et celle du Proche-Orient assyrien. Les constructions de Thèbes et de Nubie montrent une vision religieuse et politique vaste ; les campagnes révèlent la pression d’un autre empire ; la tombe de Nouri affirme une continuité dynastique au sud. Aucun de ces ensembles ne suffit seul. Les textes de victoire assyriens doivent être lus avec autant de critique que les proclamations pharaoniques. Le règne illustre une monarchie ambitieuse, capable de bâtir largement tout en perdant progressivement le contrôle de certaines villes. Cette coexistence de puissance culturelle et de fragilité militaire en fait un moment historique majeur.

Sources principales