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Chabaka, consolider la XXVe dynastie en Égypte

Portrait au trait de Chabaka
Portrait au trait d’après : Tête royale EA63833, British Museum. Photographie de référence : Jl FilpoC, CC BY-SA 4.0.

Un souverain koushite dans la vallée

Chabaka, ou Shabako, porte le nom de couronnement Néferkarê. UCL Digital Egypt situe son règne vers 715 ou 713 à 700 ou 698 avant notre ère. Il appartient à la XXVe dynastie issue de Napata, après la campagne de Piye. Sous son gouvernement, les monuments témoignent d’un contrôle koushite plus visible en Égypte que durant la première phase de conquête. Cette évolution ne signifie pas que toutes les villes se soumirent instantanément ou que les pouvoirs locaux disparurent. Le dossier combine chantiers à Karnak, Louxor et Médinet Habou, inscriptions dans d’autres centres et sépulture à El-Kourrou. Il permet d’étudier comment une dynastie venue du sud s’installe dans les formes religieuses et administratives de la royauté égyptienne.

Les sanctuaires de Thèbes

Chabaka fit réaliser plusieurs projets à Karnak et intervint à Louxor et Médinet Habou. Thèbes était un lieu essentiel pour une dynastie qui se réclamait d’Amon, dieu majeur à la fois en Égypte et à Napata. Les constructions et inscriptions donnaient une présence durable au roi dans les processions et les rites. Elles mobilisaient aussi des artisans et des ressources locales. Leur étude doit identifier les phases exactes, car les sanctuaires ont été modifiés pendant des siècles. Un bloc portant le cartouche de Chabaka peut appartenir à une extension, une restauration ou un remploi. Cette diversité est importante : le pouvoir koushite s’inscrivait dans des lieux anciens sans effacer toute leur histoire.

La pierre dite de Chabaka

Une stèle conservée au British Museum, souvent appelée pierre de Chabaka, porte un texte théologique sur Ptah et la création. Son inscription affirme que le roi fit recopier un ancien document détérioré. Les chercheurs discutent la date réelle de composition du texte et la valeur historique de cette affirmation. La pierre fut plus tard réutilisée comme meule, ce qui a endommagé de nombreuses colonnes. Son histoire matérielle est donc aussi importante que son contenu. Elle montre l’intérêt de la cour pour la tradition intellectuelle de Memphis et pour la mise en scène d’un roi protecteur des textes sacrés. Il serait imprudent de la présenter comme la copie certaine et intacte d’un écrit des premières dynasties.

Memphis et les autres centres

Des blocs au nom de Chabaka sont connus à Memphis, Abydos, Edfou et Esna. Cette répartition donne une image d’une autorité royale plus largement affichée dans la vallée. Elle ne mesure pas automatiquement l’administration quotidienne dans chaque région. Les grands sanctuaires pouvaient recevoir des dons ou des inscriptions de rois dont les réseaux locaux variaient. Les attestations de Memphis sont particulièrement importantes à côté de la pierre théologique, car elles relient le pouvoir koushite à un ancien centre de légitimité pharaonique. L’intérêt du règne tient à cette capacité de travailler avec plusieurs traditions régionales : Amon à Thèbes et à Napata, Ptah à Memphis, et les cultes des autres villes.

La fin de Saïs comme puissance concurrente

Le règne de Chabaka se situe au moment où la lignée saïte de Tefnakht et de Bakenranef perd sa place dans les grandes chronologies. Les traditions tardives ont raconté une fin violente de Bakenranef, mais leurs détails ne sont pas confirmés par des sources contemporaines sûres. Il est préférable d’étudier la progression des attestations koushites et la disparition relative des inscriptions saïtes. Cette méthode peut montrer un changement d’autorité sans inventer les circonstances exactes de chaque confrontation. La XXVe dynastie s’impose plus nettement sous Chabaka, tout en héritant d’une géographie politique faite de pouvoirs locaux. La consolidation est un processus, pas une date unique donnée par la fin d’une ligne royale.

El-Kourrou et la double géographie dynastique

Chabaka fut enterré à El-Kourrou, dans le royaume de Koush. Sa tombe rappelle que les rois de la XXVe dynastie gouvernaient l’Égypte tout en conservant un ancrage funéraire et familial au sud. Les pyramides koushites, les chaouabtis et les textes religieux montrent des emprunts aux traditions égyptiennes intégrés à un paysage propre. Il ne faut pas traiter cette combinaison comme une imitation incomplète. Elle forme une culture royale originale, capable de se présenter à Karnak et à Napata dans des langages proches mais situés. La circulation des hommes, des biens et des images entre ces régions est une clé pour comprendre le règne de Chabaka et l’histoire plus longue de la dynastie.

Un roi bâtisseur et gardien des textes

Chabaka mérite un article complet pour deux ensembles de preuves complémentaires. Les monuments des sanctuaires montrent la consolidation politique de la XXVe dynastie ; la pierre de Memphis révèle une politique de mémoire et de savoir religieux. Les deux ne doivent pas être confondus : bâtir à Thèbes et faire inscrire une théologie à Memphis répondent à des publics et à des traditions différents. Ensemble, ils montrent une royauté koushite pleinement engagée dans l’histoire de l’Égypte. Les incertitudes sur la fin de Bakenranef et la datation du texte théologique doivent être exposées. Elles rendent le dossier plus juste et plus intéressant qu’un récit de conquête suivi d’une domination supposée sans nuances.

Sources principales