Une Égypte aux royautés multiples
Au VIIIe siècle avant notre ère, l’Égypte n’a plus un seul roi. Les descendants des chefs libyens de la XXIIe dynastie gouvernent le Delta depuis Tanis et Bubastis, tandis que d’autres lignées revendiquent la royauté en Moyenne et en Haute-Égypte. Osorkon III appartient à l’une de ces lignées, établie à Thèbes. Son long règne, d’environ vingt-huit ans, fait de lui l’une des figures les plus importantes de cette période éclatée. Son histoire montre comment un prince issu du clergé d’Amon a pu devenir roi et transmettre son pouvoir à ses enfants.
Le prince Osorkon, grand prêtre d’Amon
La plupart des égyptologues identifient Osorkon III avec le prince Osorkon, fils du roi Takélot II. Ce prince avait été grand prêtre d’Amon à Thèbes. Une longue inscription gravée à Karnak, près du portail dit bubastite et appelée « Chronique du prince Osorkon », raconte ses efforts pour s’imposer dans la ville face à une forte opposition locale. Une stèle d’Akôris, en Moyenne-Égypte, donne au roi Osorkon III le titre de grand prêtre d’Amon, ce qui appuie cette identification. Le futur roi a donc d’abord exercé son autorité par la fonction religieuse, avant de prendre les titres royaux.
Thèbes, enjeu de la royauté
Thèbes, ville d’Amon, est alors un centre religieux et politique majeur. Les prêtres de Karnak, les grandes familles thébaines et les rois rivaux s’y disputent l’influence. Pendant plusieurs décennies, des souverains concurrents, comme Padibastet, y sont reconnus à certaines périodes. Le prince Osorkon finit par l’emporter. La date à laquelle il se proclame roi reste discutée, car il ne prend pas immédiatement la royauté après avoir consolidé son autorité à Thèbes. Les sources ne permettent donc pas de fixer son avènement avec précision.
Les niveaux du Nil sur le quai de Karnak
Une partie de la chronologie d’Osorkon III repose sur une source originale : les inscriptions gravées sur le quai du temple de Karnak pour noter la hauteur de la crue du Nil. Ces textes sont datés d’après les années de règne des souverains reconnus à Thèbes. L’un d’eux mentionne ensemble Osorkon III et son fils Takélot III. Il montre que le père a associé son fils au trône pendant ses dernières années. Cette corégence est l’une des dernières connues de l’histoire pharaonique. Elle assure la continuité de la lignée et prépare la succession.
Shépénoupet Ire, Divine Adoratrice d’Amon
Osorkon III place sa fille Shépénoupet au rang d’Épouse du dieu Amon, également appelée Divine Adoratrice. Cette fonction, réservée à une femme de la famille royale, lui donne une place de premier plan à Thèbes : elle dirige un important domaine et participe aux grands rites du culte d’Amon. Le choix est politique autant que religieux. Il ancre la lignée royale au cœur de l’institution thébaine la plus prestigieuse. Shépénoupet Ire survivra à la fin de la lignée de son père et adoptera une princesse koushite, Aménardis, ce qui facilitera l’installation des rois de Napata à Thèbes.
La XXIIIe dynastie, un nom discuté
Le rattachement d’Osorkon III à la XXIIIe dynastie ne va pas de soi. Chez Manéthon, cette dynastie est composée de rois de Tanis, dans le Delta, avec des noms comme Pétoubastis et Osorchô. De nombreux égyptologues ont pourtant désigné sous ce nom la lignée thébaine d’Osorkon III, tandis que d’autres la rattachent à une branche de la XXIIe dynastie. Le site de l’University College de Londres, par exemple, suit ce second découpage. Visite Égypte range Osorkon III dans une catégorie « XXIIIe dynastie et pouvoirs locaux », pour tenir compte de ces lignées concurrentes sans trancher un débat encore ouvert.
Ce que révèle ce règne
Osorkon III incarne une royauté enracinée dans le clergé d’Amon et appuyée sur Thèbes. Son parcours, du grand prêtre au roi, puis la corégence avec son fils et la nomination de sa fille comme Divine Adoratrice, montrent une lignée qui organise sa durée. À sa chapelle d’Osiris à Karnak, élevée avec Takélot III et Shépénoupet, répondent les nombreuses traces de ses successeurs. Quelques décennies plus tard, le roi koushite Piyé soumettra l’ensemble de ces pouvoirs rivaux. Le règne d’Osorkon III éclaire ainsi l’Égypte morcelée qui précède la domination de la XXVe dynastie.
