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Ramsès IV, maintenir les chantiers après Ramsès III

Portrait au trait de Ramsès IV
Portrait au trait d’après : Esquisse antique de Ramsès IV, Metropolitan Museum 30.8.234.

Un successeur sous le poids d’un grand règne

Ramsès IV, Ousermâatrê ou Héqamaâtrê Sétepenamon selon les formes de sa titulature, succède à Ramsès III. UCL Digital Egypt situe son règne approximativement de 1152 ou 1151 à 1145 ou 1144 avant notre ère. Il hérite d’un État encore riche de monuments, mais aussi marqué par les tensions de la fin du règne précédent. Son nom apparaît dans des carrières, des sanctuaires et la vallée des Rois. Sa courte durée de gouvernement invite à distinguer les projets engagés des bâtiments achevés. Les inscriptions de son règne montrent une volonté de maintenir la visibilité royale et d’obtenir les ressources nécessaires aux cultes et à la tombe, même si l’ampleur des réalisations fut limitée par le temps.

Le grand papyrus Harris comme acte de succession

Le grand papyrus Harris fut établi sous Ramsès IV pour récapituler les œuvres de Ramsès III et les donations aux dieux. Il a souvent été étudié pour le règne du père, mais sa production est aussi un fait politique du règne du fils. En fixant les bienfaits de son prédécesseur, Ramsès IV légitimait une transmission du pouvoir après le complot du harem. Le texte présente une image cohérente de la dynastie et des sanctuaires favorisés. Il ne dit pas exactement comment les décisions quotidiennes furent prises, ni si tous les dons annoncés furent exécutés comme le récit l’affirme. Son existence montre toutefois la puissance de l’écrit dans la continuité ramesside.

Ouadi Hammamat et l’approvisionnement en pierre

Les inscriptions de Ramsès IV au Ouadi Hammamat témoignent d’expéditions vers les carrières du désert oriental. Acheminer des blocs vers la vallée exigeait des équipes, des rations, des animaux et l’entretien des routes. Les textes gravés sur place affichent la réussite de l’opération et le nom du roi. Ils permettent de suivre les acteurs et les ressources mobilisés, mais ne donnent pas un budget complet. Cette activité montre que la cour ne renonça pas aux grands matériaux après Ramsès III. Les carrières sont aussi un espace de contact entre les besoins des temples, la logistique du désert et les administrations chargées du transport. Leur étude enrichit le portrait du règne au-delà des seuls sanctuaires.

Karnak, Abydos et le Sinaï

Des stèles et inscriptions de Ramsès IV sont connues à Karnak, à Louxor, à Abydos, à Coptos et dans le Sinaï, notamment à Sérabit el-Khadim. Une statue de Memphis et un obélisque d’Héliopolis complètent la carte. Ces monuments attestent une activité officielle sur plusieurs axes du pays. Ils n’indiquent pas tous des constructions monumentales achevées : une stèle commémorative, un dépôt de fondation et une statue ont des fonctions différentes. Leur répartition montre pourtant que la royauté continuait d’affirmer sa présence dans les grands cultes et sur les routes de ressources. Les ateliers et les responsables locaux jouaient un rôle dans cette diffusion. L’étude des inscriptions doit contrôler les provenances et les possibles réemplois.

Un temple funéraire projeté à Thèbes

Des dépôts de fondation sont liés au projet de temple funéraire de Ramsès IV sur la rive ouest de Thèbes. Ce type de découverte permet d’identifier une intention de bâtir, même si l’édifice n’a pas survécu ou n’a pas été achevé. Il faut donc distinguer un projet architectural attesté d’un temple pleinement construit. Les autres inscriptions de la rive ouest montrent la place de la nécropole dans les priorités du règne. Les artisans de Deir el-Médineh poursuivaient les travaux des tombes et la préparation des cultes. Dans un gouvernement de quelques années, ces traces de chantier sont particulièrement instructives : elles révèlent ce que le roi voulait rendre durable et les limites du temps disponible.

KV2 et le plan de la tombe

Ramsès IV fut enterré dans KV2, dans la vallée des Rois. Un plan ancien de sa tombe, conservé au musée de Turin, est un témoignage exceptionnel sur la manière dont les Égyptiens représentaient un espace architectural. Le dessin doit être comparé aux dimensions et au décor de la tombe actuelle, car un plan peut figurer un projet ou simplifier certains détails. La sépulture montre un programme religieux complet, avec des textes de l’au-delà et une mise en scène du roi défunt. Elle est un témoin majeur pour un règne relativement bref. Elle permet d’étudier les choix des artisans autant que les intentions de la cour, en reliant une archive dessinée à un lieu encore visible.

Un règne court mais bien attesté

Ramsès IV mérite un article parce qu’il ne se limite pas à être le successeur d’un père célèbre. Le papyrus Harris inscrit la dynastie dans la mémoire ; les carrières montrent l’organisation de travaux ; les sanctuaires attestent une présence nationale ; KV2 et son plan révèlent la préparation funéraire. Ces sources doivent être lues selon leur nature, car un texte de donation, une inscription de carrière et un dessin ne répondent pas aux mêmes questions. Ensemble, elles montrent une cour qui poursuit les gestes fondamentaux de la royauté après une crise de palais. Le règne offre ainsi un regard précis sur la continuité de l’État au début de la seconde moitié de la XXe dynastie.

Sources principales