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Taousert, une souveraine à la fin de la XIXe dynastie

Portrait au trait de Taousert
Portrait au trait d’après : Relevé du portrait de Taousert dans sa tombe, Émile Prisse d’Avennes.

Une reine devenue pharaon

Taousert, ou Tausret, est l’une des rares femmes à avoir exercé la royauté pharaonique avec une titulature complète. Elle apparaît à la fin de la XIXe dynastie, dans la séquence troublée qui suit Mérenptah et Séthi II. UCL Digital Egypt situe sa période de pouvoir vers 1194 ou 1193 à 1186 ou 1185 avant notre ère, mais l’ordre exact des événements avec Siptah reste discuté. Elle fut d’abord une figure centrale de la cour, puis prit le nom de couronnement Sâtrê Méryamoun. Les monuments et la tombe KV14 prouvent la réalité de son statut. L’histoire de son accession doit toutefois être racontée sans combler les lacunes par un récit trop simple de régence puis de règne indépendant.

Siptah et le gouvernement

Le jeune roi Siptah et Taousert sont liés par des inscriptions qui montrent le rôle politique de cette dernière. Les chercheurs débattent de la nature précise de leur association et de la date à laquelle elle adopta la pleine royauté. Les années de règne inscrites sur les objets ne sont pas toujours faciles à attribuer à une seule personne, car un même monument peut avoir connu plusieurs phases. Il faut distinguer le pouvoir exercé au nom de Siptah, les titres de reine et la titulature propre à Taousert. Ce passage est au cœur de son intérêt historique. Il révèle comment l’institution pharaonique pouvait être assumée par une femme dans un contexte de succession fragile, avec des choix de noms et d’images adaptés.

Des monuments dans plusieurs régions

UCL signale une statue de Taousert trouvée à Héliopolis et un montant de porte découvert à Memphis. Un scarabée provenant de Gourob porte son nom, et des objets sont liés à son temple funéraire. Ces attestations montrent que sa présence officielle ne se limitait pas à la nécropole thébaine. Leur interprétation demande néanmoins de suivre la provenance de chaque pièce. Une statue peut être déplacée ; un scarabée voyage ; un bloc peut être remployé. Ensemble, ils confirment cependant que la souveraine utilisa les formes normales de diffusion du nom royal. La comparaison avec Hatchepsout est instructive sur les moyens de représentation, sans supposer des situations politiques identiques à trois siècles de distance.

KV14 et les changements de décor

La tombe KV14, dans la vallée des Rois, est étroitement liée à Taousert. Son architecture et son décor ont connu plusieurs phases, puis des reprises sous la dynastie suivante. L’examen des cartouches, des enduits et des scènes permet de distinguer les projets successifs. Une tombe modifiée n’est pas une preuve immédiate que tout le règne aurait été rejeté dès la mort de la souveraine ; il faut dater chaque intervention. KV14 montre cependant que sa mémoire fut disputée. Elle témoigne aussi de l’ambition funéraire d’une femme qui occupa pleinement la fonction de roi. La sépulture complète les objets dispersés et fournit un cadre matériel majeur pour étudier les dernières années de la XIXe dynastie.

Le temple funéraire et la mémoire

Taousert entreprit un temple funéraire sur la rive ouest de Thèbes. Les vestiges et les objets recueillis sur le site permettent d’étudier son programme cultuel, même si l’édifice ne se présente plus comme un monument intact. Après sa mort, des noms et des images furent modifiés ou effacés. UCL rappelle que cet effacement visait à retirer la présence d’une reine régnante de la mémoire inscrite. Les intentions précises des successeurs doivent toutefois être déduites avec prudence. Les mêmes pierres peuvent aussi avoir servi à des chantiers pratiques. L’histoire du temple associe la volonté de Taousert de durer et les efforts ultérieurs pour réorganiser la succession officielle.

La transition vers la XXe dynastie

Après Taousert, Sethnakht ouvre la XXe dynastie. Les textes de cette transition présentent un retour à l’ordre, langage fréquent lors d’une nouvelle prise de pouvoir. Ils ne livrent pas une chronique neutre de toutes les dernières années de la dynastie précédente. Pour comprendre le passage, il faut comparer les dates des monuments, les tombes royales et les inscriptions des artisans de Deir el-Médineh. Taousert se trouve ainsi au point où une lignée s’éteint et une autre construit sa légitimité. Son règne fut suffisamment important pour être reconnu dans les traces matérielles et suffisamment contesté pour laisser des marques d’altération. Les deux aspects doivent figurer dans un portrait équilibré.

Un sujet majeur pour l’histoire du pouvoir

Taousert mérite un article détaillé parce que sa trajectoire éclaire à la fois la capacité d’une femme à porter les noms du pharaon et les tensions de la fin de la XIXe dynastie. Son dossier réunit les titres, les objets inscrits, un temple, KV14 et les reprises postérieures. Il faut montrer comment chaque source situe une phase différente de son pouvoir, plutôt que de chercher une biographie continue que les documents ne fournissent pas. La comparaison avec Sobeknéférou et Hatchepsout aide à comprendre la diversité des règnes féminins. Taousert n’est pas seulement une exception spectaculaire : elle est un souverain dont les monuments permettent d’étudier la succession, la mémoire et la fonction royale.

Sources principales