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Amenmes, un roi disputé de la fin de la XIXe dynastie

Portrait au trait d’Amenmes
Portrait au trait d’après : Tête royale 34.2.2, Metropolitan Museum.

Une position chronologique encore discutée

Amenmes, Menmirê Sétepenrê, règne à la fin de la XIXe dynastie, après Mérenptah selon plusieurs reconstructions. UCL Digital Egypt souligne que sa place exacte dans la succession reste une question ouverte. Les dates proposées, autour de 1203-1200 avant notre ère, sont des repères et non un calendrier certain. La relation avec Séthi II, Taousert et Siptah a produit des hypothèses variées : coïncidence de dates, pouvoirs régionaux ou affrontement de prétendants. Les inscriptions conservées ne permettent pas de trancher tous ces scénarios. L’histoire d’Amenmes doit donc être construite à partir de ses monuments attestés et des reprises ultérieures, sans transformer une interprétation séduisante en récit fixé.

Les monuments portant son nom

Le nom d’Amenmes apparaît à Karnak, au petit temple de Médinet Habou, dans une chapelle de Deir el-Médineh et sur une stèle trouvée à Bouhen en Nubie. Un vase de faïence découvert à Riqqeh porte également sa titulature. Cette carte des attestations montre que sa royauté fut proclamée sur plusieurs types de supports, du sanctuaire à l’objet portable. Elle ne donne pas automatiquement les frontières de son pouvoir : les objets peuvent voyager et les bâtiments peuvent être remployés. Le contexte de chaque trouvaille est donc déterminant. Leur convergence suffit toutefois à établir qu’Amenmes ne fut pas un nom inventé par une liste tardive. Il exerça une royauté visible dans les formes habituelles.

Thèbes et la question d’un pouvoir régional

Plusieurs attestations importantes se situent à Thèbes et dans sa région. Cette concentration a conduit à proposer qu’Amenmes ait contrôlé surtout le sud, pendant qu’un autre souverain était reconnu ailleurs. L’hypothèse mérite examen, mais elle ne peut être transformée en certitude uniquement à partir du nombre d’objets conservés. Les pertes archéologiques et les déplacements de matériaux modifient notre carte. À Karnak, chaque cartouche doit être étudié dans sa phase de gravure ; à Deir el-Médineh, les inscriptions des artisans peuvent renseigner les années de règne reconnues localement. La géographie du pouvoir à la fin de la XIXe dynastie se reconstitue par croisement, pas par une seule trouvaille.

Bouhen et l’horizon nubien

La stèle d’Amenmes trouvée à Bouhen montre que son nom fut inscrit dans un centre nubien lié de longue date à l’administration égyptienne. Elle soulève une question importante : le réseau officiel du sud reconnaissait-il son autorité, et pendant combien de temps ? La présence d’un monument permet d’affirmer une reconnaissance ou une initiative de commémoration à un moment donné ; elle ne raconte pas toute l’organisation locale. Les structures héritées des règnes précédents pouvaient continuer à fonctionner pendant des successions contestées. La stèle est donc un témoin politique, mais également un indice de continuité institutionnelle. Son texte, sa date et son contexte doivent être examinés avant de déduire une domination stable sur la Nubie.

La tombe KV10

Amenmes est associé à la tombe KV10 dans la vallée des Rois. Comme d’autres sépultures de la fin de la XIXe dynastie, elle a connu des transformations et des réutilisations. La tombe atteste une ambition funéraire royale, même si tous les travaux prévus ne furent peut-être pas achevés sous lui. Les altérations du décor et les noms d’autres personnes qui ont pu y apparaître imposent de séparer les phases. Une tombe ne résout pas à elle seule la question de l’ordre des règnes ; elle fournit plutôt des indices sur les projets de légitimation et sur l’histoire postérieure du monument. La comparaison avec KV15 de Séthi II et KV14 de Taousert aide à comprendre un paysage funéraire marqué par les reprises.

Une mémoire concurrencée

Les changements de noms sur les monuments de cette période révèlent une compétition pour le souvenir officiel. Quand un cartouche est effacé ou remplacé, il faut dater l’intervention et vérifier si elle concerne tout l’édifice. La disparition relative d’Amenmes dans certaines séquences royales ne prouve pas qu’il n’ait jamais régné. Elle peut refléter les choix des successeurs, l’état fragmentaire des listes ou l’autorité limitée de certains règnes. Les travaux de Kitchen, Krauss et d’autres spécialistes ont proposé des lectures différentes de ces indices. Un article peut présenter les points d’accord et les questions ouvertes sans imposer une généalogie que les sources ne garantissent pas.

Pourquoi l’incertitude fait partie du sujet

Amenmes mérite un article détaillé parce qu’il permet de comprendre comment les égyptologues étudient une succession contestée. Les monuments de Karnak, Médinet Habou, Bouhen et KV10 prouvent son existence et ses prétentions royales. Leur répartition nourrit des hypothèses sur l’étendue de son pouvoir, mais ne les ferme pas. Les dates absolues dépendent d’une reconstruction plus large de la fin de la XIXe dynastie. Présenter clairement ces niveaux de preuve rend le règne plus intelligible qu’un récit romanesque de guerre civile sans sources. Amenmes devient un cas concret pour examiner la relation entre inscriptions, géographie et mémoire officielle, à un moment où l’État ramesside change de mains.

Sources principales