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Néferhotep III, un roi pour Thèbes

Image symbolique : trois silhouettes royales sans visage, coiffées de la couronne blanche, du némès et de la couronne rouge
Image symbolique commune aux souverains sans portrait individuel : elle ne représente pas le visage de ce souverain. Couronnes d’après la statue de Sésostris Ier et le relief d’Ahmôsis, Metropolitan Museum of Art.

Un roi de Thèbes dans une Égypte divisée

Néferhotep III règne à Thèbes pendant la Deuxième Période intermédiaire, à une époque où l’Égypte est partagée entre plusieurs pouvoirs. Au nord, les Hyksôs d’Avaris dominent le Delta et étendent leur influence. Au sud, les rois thébains ne contrôlent plus qu’une partie de la Haute-Égypte. Son nom complet, Sekhemrê Séânkhtaouy Néferhotep Iykhernéferet, reprend des formules royales traditionnelles. Son règne fut court, peut-être une seule année. Il est pourtant connu par un document exceptionnel, qui laisse entendre ce qu’un roi thébain voulait dire de lui-même dans une période de crise.

Une seule grande source : la stèle de Karnak

L’essentiel de ce que l’on sait de Néferhotep III provient d’une stèle trouvée à Karnak et conservée au Musée égyptien du Caire. Le monument est très endommagé, et une partie du texte manque. Ce qui en subsiste est cependant remarquable. Le roi n’y célèbre pas des conquêtes lointaines. Il se présente comme le protecteur d’une ville. Cette source unique impose la prudence : elle exprime le discours officiel du roi, et non un récit neutre des événements. Elle reste néanmoins l’un des témoignages les plus directs sur la situation de Thèbes à cette époque.

« Ma ville » : Thèbes au centre

Sur sa stèle, Néferhotep III appelle Thèbes « ma ville » et se dit « guide de Thèbes victorieuse ». Ces formules sont inhabituelles. Les rois égyptiens se présentent d’ordinaire comme maîtres des Deux Terres, c’est-à-dire de toute l’Égypte. Ici, le souverain met en avant une seule cité. Beaucoup d’égyptologues y voient le signe que son autorité ne dépassait guère la région thébaine. Le roi reste pharaon par ses titres et ses rites, mais son horizon politique se resserre autour de la ville qui deviendra, quelques générations plus tard, le point de départ de la reconquête du pays.

Famine et guerre

La stèle évoque aussi des difficultés concrètes. Le roi se dit celui qui nourrit sa ville et la sauve de la famine. Il affirme l’avoir relevée alors qu’elle était abattue par des luttes contre des étrangers. Ces étrangers sont souvent identifiés aux Hyksôs ou à leurs alliés, mais le texte ne les nomme pas précisément. La famine peut, elle, renvoyer à de mauvaises crues du Nil ou aux conséquences des conflits. Ces formules appartiennent au vocabulaire royal, qui présente le roi comme sauveur, mais elles laissent deviner une période réellement difficile pour la région thébaine.

La XVIe dynastie, une construction débattue

La place de Néferhotep III dans les dynasties ne fait pas l’unanimité. Kim Ryholt a proposé de reconnaître une XVIe dynastie thébaine, distincte de la XVIIe, en s’appuyant sur le papyrus royal de Turin. Néferhotep III y figure parmi les premiers rois. D’autres chercheurs, comme Jürgen von Beckerath, le plaçaient plutôt à la fin de la XIIIe dynastie. Plusieurs spécialistes jugent aussi insuffisantes les preuves d’une rupture entre XVIe et XVIIe dynasties. Visite Égypte suit ici le découpage de Ryholt, tout en signalant que le débat reste ouvert.

Une couronne nouvelle

La stèle de Néferhotep III retient aussi l’attention pour un détail iconographique. Elle compte parmi les plus anciennes mentions connues de la couronne khépresh, souvent appelée « couronne bleue ». Cette coiffe deviendra très fréquente au Nouvel Empire, en particulier dans les représentations de rois en guerre ou en majesté, comme celles d’Amenhotep III ou de Ramsès II. Sa présence sur une stèle thébaine de cette époque montre que certaines formes de la royauté du Nouvel Empire prennent naissance dans le milieu thébain de la Deuxième Période intermédiaire.

Ce que révèle ce règne

Néferhotep III n’a laissé qu’un monument important, et sa place dans la chronologie est discutée. Son intérêt tient à ce qu’il dit de Thèbes. Sa stèle montre une royauté réduite à une région, confrontée à la faim et à la guerre, mais qui continue d’affirmer sa légitimité. Elle annonce l’identité politique qui portera plus tard les rois de la XVIIe dynastie, comme Séqénenrê Taâ et Kamosé, dans leur lutte contre les Hyksôs. Son règne rappelle que la reconquête de l’Égypte est née dans une ville qui a d’abord dû survivre.

Sources principales