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Apophis, la puissance hyksôs face à Thèbes

Image symbolique : trois silhouettes royales sans visage, coiffées de la couronne blanche, du némès et de la couronne rouge
Image symbolique commune aux souverains sans portrait individuel : elle ne représente pas le visage de ce souverain. Couronnes d’après la statue de Sésostris Ier et le relief d’Ahmôsis, Metropolitan Museum of Art.

Un souverain d’Avaris

Apophis, aussi appelé Apepi, est un roi hyksôs de la XVe dynastie. Son nom de couronnement Aâouserrê apparaît sur des sceaux et des objets. Le Metropolitan Museum of Art situe approximativement son règne entre 1581 et 1541 avant notre ère, mais ces bornes dépendent de la chronologie adoptée. Apophis gouverne depuis Avaris, dans le Delta oriental, tandis que les souverains thébains contrôlent le sud. Son histoire est connue à la fois par des objets à son nom et par les textes produits lors du conflit avec Thèbes. Ces deux familles de sources doivent être distinguées : les unes confirment l’exercice de la royauté, les autres construisent le récit d’une rivalité politique et militaire.

Le nom royal sur des objets quotidiens

Des scarabées et un anneau à scarabée portant le nom d’Apophis sont conservés au Metropolitan Museum. Leurs cartouches montrent que le souverain se présentait dans le vocabulaire pharaonique. Ces objets de petite taille pouvaient circuler et remplir des fonctions d’authentification, d’ornement ou de prestige. Ils n’indiquent pas chacun un lieu de gouvernement. Leur force documentaire est de prouver l’usage répété des noms royaux et d’en montrer les variantes matérielles. Les lire à côté des empreintes découvertes dans le Delta aide à replacer la cour d’Avaris dans une culture administrative. Ils rappellent aussi que l’époque hyksôs produisait ses propres témoignages, et pas seulement des adversaires à combattre.

Avaris et la société du Delta

Les fouilles de Tell el-Dab’a, l’ancienne Avaris, révèlent une ville complexe, avec des espaces résidentiels, palatiaux et cultuels. Les niveaux archéologiques ne correspondent pas tous au règne d’Apophis ; ils éclairent cependant le milieu dans lequel la royauté hyksôs s’était développée. Les traditions matérielles du Delta oriental associent des pratiques égyptiennes et des liens avec le Levant. Parler d’une simple occupation étrangère écraserait cette longue histoire urbaine. Les monuments et les objets d’Apophis doivent être intégrés à ce contexte. La cour régnait sur des populations diverses, employait des signes de souveraineté égyptiens et participait à des réseaux qui dépassaient les frontières de la vallée.

Les stèles de Kamosé

La principale narration de l’affrontement avec Apophis vient des stèles de Kamosé, souverain de Thèbes. Elles présentent l’initiative militaire thébaine et dénoncent la présence d’un pouvoir hyksôs au nord. La seconde stèle évoque un message d’Apophis destiné au souverain de Koush, intercepté par Kamosé. Ce récit est essentiel pour comprendre la géopolitique de la fin de la période, mais il sert aussi à célébrer la victoire du roi thébain. Les formulations triomphales ne doivent pas être prises comme une transcription exhaustive des opérations. Elles montrent ce que Thèbes voulait faire savoir de son adversaire. La voix d’Apophis lui-même nous est surtout accessible par sa titulature et ses objets.

Un règne assez long pour laisser des traces

Les dates attribuées à Apophis suggèrent un règne long à l’échelle de nombreux souverains de la Deuxième Période intermédiaire. Les objets inscrits et certains documents datés soutiennent l’idée d’une cour durable, même si le chiffre exact des années varie selon les lectures. Un règne long permet des contacts diplomatiques, des renouvellements d’entourage et des aménagements de capitale, mais chacun de ces aspects requiert des preuves distinctes. Les archéologues datent les objets par leurs inscriptions, leur contexte et leur style ; les historiens confrontent ces données aux listes royales et aux récits thébains. Cette démarche évite de projeter sur toute la XVe dynastie les événements de ses dernières années.

De Kamosé à Ahmôsis

La guerre menée par Kamosé annonce les campagnes d’Ahmôsis Ier, qui finirent par mettre un terme au pouvoir hyksôs à Avaris. On ne peut cependant pas attribuer à Apophis tous les épisodes de la reconquête. Le passage de témoin entre les souverains hyksôs est mal documenté, et les récits égyptiens ultérieurs simplifient la séquence pour faire ressortir la réunification. Le nom d’Apophis reste central parce que Kamosé le désigne comme son adversaire et parce que plusieurs objets confirment sa réalité historique. Le suivre jusqu’à la fin de son règne exige de séparer faits attestés, chronologie relative et reconstruction. Cette prudence est particulièrement importante lorsque l’on raconte une guerre vue presque exclusivement du côté vainqueur.

Une histoire à plusieurs voix

Apophis est une figure majeure parce qu’il incarne la puissance d’Avaris au moment où Thèbes entreprend de l’affronter. Les scarabées, l’anneau, les vestiges du Delta et les stèles thébaines offrent des points de vue différents sur son époque. Un article peut expliquer les rapports de force sans reprendre mot pour mot la propagande de Kamosé ni effacer la culture politique hyksôs. Il peut aussi montrer la portée et les limites des dates proposées par les musées. L’histoire du roi relie les échanges du Delta, la concurrence des cours et la formation du Nouvel Empire. Sa complexité vient précisément de la confrontation entre les objets qu’il fit inscrire et les textes qui le combattirent.

Sources principales