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Amyrtée, le roi qui chassa les Perses

Image symbolique : trois silhouettes royales sans visage, coiffées de la couronne blanche, du némès et de la couronne rouge
Image symbolique commune aux souverains sans portrait individuel : elle ne représente pas le visage de ce souverain. Couronnes d’après la statue de Sésostris Ier et le relief d’Ahmôsis, Metropolitan Museum of Art.

Le seul roi d’une dynastie

Amyrtée est l’unique souverain de la XXVIIIe dynastie. Originaire de Saïs, dans l’ouest du Delta, il met fin à la première domination perse sur l’Égypte, établie depuis la conquête de Cambyse en 525 avant notre ère. Manéthon lui attribue un règne de six ans. Il n’a laissé aucun monument connu, et son nom n’a pas encore été retrouvé écrit en hiéroglyphes. Il est pourtant une figure clé de l’histoire égyptienne : c’est lui qui ouvre la dernière période d’indépendance du pays sous des rois égyptiens, avant le retour des Perses puis la conquête d’Alexandre.

Une famille de rebelles saïtes

Saïs avait été la capitale de la XXVIe dynastie, la dernière grande dynastie égyptienne avant la conquête perse. La ville reste un foyer de résistance. Au milieu du Ve siècle avant notre ère, un premier Amyrtée de Saïs s’était déjà soulevé avec le prince libyen Inaros contre la domination perse. Le roi de la XXVIIIe dynastie en était probablement le petit-fils. Cette continuité familiale suggère que la révolte n’est pas un soulèvement improvisé, mais l’aboutissement d’une opposition entretenue pendant plusieurs générations dans l’ouest du Delta.

La révolte contre la Perse

Amyrtée semble avoir mené des actions contre les Perses dès les dernières années du règne de Darius II. À la mort de ce roi, en 404 avant notre ère, il prend le titre de roi. Les circonstances lui sont favorables : l’Empire perse est bientôt déchiré par la guerre entre Artaxerxès II et son frère Cyrus le Jeune, qui empêche l’envoi d’une armée en Égypte. Selon certaines sources grecques, Amyrtée aurait aussi cherché l’appui de Sparte. Pendant près de deux générations, les Perses ne parviendront pas à reprendre le pays.

Les papyrus d’Éléphantine

Les documents les plus précis sur son règne ne viennent pas d’Égypte du Nord, mais d’Éléphantine, à la frontière sud. Une communauté judéenne, installée comme garnison au service des Perses, y a laissé de nombreux papyrus en araméen. Certains actes sont datés des années de règne d’Amyrtée, dont un contrat de l’an 5, vers 400 avant notre ère. Ces dates montrent que son autorité était reconnue jusqu’à la première cataracte. Elles montrent aussi que les habitants d’Éléphantine ont continué leurs affaires sous le nouveau roi égyptien.

La Chronique démotique

Un texte égyptien plus tardif, la Chronique démotique, rédigé à l’époque ptolémaïque, évoque aussi Amyrtée. Sous une forme prophétique et allusive, il le présente comme le premier souverain venu après « les étrangers qui sont les Mèdes », c’est-à-dire les Perses. La Chronique juge les rois selon leur fidélité à la loi divine, et son récit doit être lu comme une interprétation religieuse de l’histoire. Elle confirme néanmoins la place d’Amyrtée dans la mémoire égyptienne comme libérateur du pays.

Une fin brutale

Le règne d’Amyrtée s’achève vers 399 avant notre ère. Un nouveau prétendant, Néphéritès, originaire de Mendès, dans l’est du Delta, prend le pouvoir et fonde la XXIXe dynastie. Selon l’interprétation d’un document araméen d’Éléphantine, Amyrtée aurait été vaincu puis exécuté à Memphis. Les détails restent incertains. Ce changement brutal illustre la fragilité de l’Égypte indépendante du IVe siècle : les rivalités entre villes du Delta, comme Saïs, Mendès et plus tard Sebennytos, y pèsent autant que la menace perse.

Ce que révèle ce règne

Amyrtée reste un roi presque sans images et sans monuments. Son importance tient à ce qu’il a rendu possible : six décennies d’indépendance, pendant lesquelles les XXIXe et XXXe dynasties construiront de nouveau des temples et restaureront les cultes. Son dossier repose sur des sources extérieures ou tardives : papyrus araméens, auteurs grecs, chronique démotique et listes de Manéthon. Il montre que l’histoire d’un règne peut s’écrire depuis les marges du pays, et que l’absence de monuments ne signifie pas l’absence d’influence.

Sources principales