Un roi saïte tourné vers les routes
Néchao II, Ouehemibrê, succède à Psammétique Ier et règne de 610 à 595 avant notre ère. Il appartient à la XXVIe dynastie, alors que l’équilibre du Proche-Orient change avec la fin de la puissance assyrienne et la montée de Babylone. Son nom est associé à des campagnes en Asie, à un projet de canal entre le Nil et la mer Rouge et à une expédition maritime racontée par Hérodote. Ces dossiers ne reposent pas tous sur des preuves de même nature. Les monuments égyptiens attestent le roi et certains chantiers ; les récits grecs et proche-orientaux décrivent des événements extérieurs avec leurs propres perspectives. Un article doit les confronter pour comprendre l’ambition stratégique de son règne.
La politique au Levant
Après la mort de Psammétique Ier, Néchao intervient dans les conflits du Levant. L’Égypte cherche à préserver ou étendre son influence face aux nouvelles puissances mésopotamiennes. Les sources babyloniennes et bibliques, ainsi que les récits grecs, fournissent des versions différentes des campagnes et des batailles. Il faut distinguer les événements attestés par plusieurs traditions des interprétations religieuses ou politiques propres à chacune. Le roi dispose d’une armée capable d’opérer loin de la vallée, mais ses succès ne furent pas permanents. La défaite face à Babylone modifia l’équilibre régional. Elle rappelle que la XXVIe dynastie, malgré sa stabilité interne, évoluait dans un monde de compétitions impériales.
Le projet de canal
Hérodote attribue à Néchao le début d’un canal reliant le Nil à la mer Rouge. UCL indique que l’entreprise fut achevée sous Darius Ier, bien plus tard. Les traces archéologiques et les inscriptions de Darius aident à évaluer l’histoire de la voie d’eau, mais le tracé exact et les phases du chantier restent discutés. Un canal aurait facilité les échanges entre la vallée, la mer Rouge et les routes vers l’Orient. Il exigeait une capacité de terrassement, de gestion de l’eau et de mobilisation de main-d’œuvre considérable. Présenter Néchao comme l’auteur d’un canal pleinement navigable de son vivant dépasserait les preuves. Son rôle est celui d’un initiateur plausible d’un projet stratégique poursuivi par d’autres.
Le périple autour de l’Afrique
Hérodote raconte que Néchao aurait envoyé des marins phéniciens faire le tour de l’Afrique. Le récit comporte des détails qui ont suscité l’intérêt des historiens, mais aucune archive égyptienne contemporaine ne permet de suivre le voyage étape par étape. Il doit donc être présenté comme une tradition antique discutée, et non comme une exploration définitivement démontrée. Son intérêt est double : il montre l’image d’un roi curieux des routes maritimes dans la mémoire grecque et il s’accorde avec un règne tourné vers les voies de communication. La distance entre événement possible et texte conservé doit rester claire. Elle évite de transformer une histoire fascinante en certitude sans source directe.
Saïs et les monuments du règne
UCL mentionne des additions au temple de Neith à Saïs, des blocs trouvés à Térénouthis et une stèle d’Éléphantine. Ces attestations montrent que Néchao poursuivit des activités cultuelles dans plusieurs régions. Saïs a été fortement détruite, si bien que l’ampleur originale de ses bâtiments est difficile à mesurer. Les objets conservés au Petrie Museum et le chaouabti de son épouse Khédebarbénet complètent le dossier familial. Les monuments ne racontent pas la politique au Levant, mais ils témoignent de la capacité de la cour à maintenir les grands sanctuaires pendant les campagnes. Leur étude donne un contrepoint égyptien aux récits grecs et mésopotamiens.
La famille et la succession
Néchao est le père de Psammétique II. Les objets de la famille royale, dont le chaouabti de Khédebarbénet, aident à suivre la continuité dynastique. La transmission du trône après quinze ans de règne montre une stabilité qui contraste avec les transitions de la Troisième Période intermédiaire. Cependant, les sources ne livrent pas une histoire intime de la famille. Les titres et les sépultures renseignent des positions officielles, pas toutes les relations personnelles. L’histoire du roi doit maintenir cette distinction. Elle permet de comprendre comment la cour de Saïs conjugue une succession assurée avec des engagements militaires extérieurs risqués et des projets d’infrastructure dont certains ne seront achevés que sous d’autres dynasties.
Une ambition à mesurer par les preuves
Néchao II mérite un article complet parce que son règne touche trois espaces : la vallée du Nil, le Levant et la mer Rouge. Les campagnes montrent l’implication égyptienne dans la recomposition du Proche-Orient ; le canal révèle une ambition de circulation ; le périple maritime appartient à une tradition antique à vérifier. Les monuments de Saïs et d’Éléphantine rappellent l’ancrage pharaonique de cette politique. Le récit gagne à présenter clairement la qualité de chaque source. Une inscription contemporaine, une chronique étrangère et Hérodote ne prouvent pas les mêmes choses. En les comparant, on voit un souverain actif dans son siècle sans lui attribuer toutes les prouesses dont la postérité l’a crédité.
