Champollion, l’homme qui a écouté les pierres

Pendant des siècles, les signes gravés sur les temples et les stèles d’Égypte ont été visibles sans être compris. On reconnaissait des oiseaux, des yeux, des silhouettes humaines. On ignorait comment ces images formaient des mots. Jean-François Champollion n’a pas seulement trouvé quelques équivalences entre signes : il a compris le fonctionnement d’un système d’écriture.
Un lecteur de langues avant tout
Né à Figeac en 1790, Champollion se passionne très tôt pour les langues anciennes. Parmi elles, le copte occupe une place décisive : cette langue conserve, sous une autre écriture, une part de l’héritage de l’égyptien ancien. La connaître lui permet de chercher des mots derrière les images. Son frère aîné, Jacques-Joseph, l’accompagne dans ce long travail, lui ouvre des portes et défend ses recherches.
Champollion n’est pas seul à tenter de lire les hiéroglyphes. D’autres savants comparent inscriptions et alphabets. La pierre de Rosette, découverte en 1799, offre un appui essentiel : un même décret y apparaît en hiéroglyphes, en démotique et en grec. Mais une pierre trilingue n’est pas un dictionnaire automatique. Il faut déterminer quels signes représentent des sons, lesquels expriment des idées, et comment ils se combinent.
Comparer, puis vérifier
Champollion travaille sur des copies et des estampages. Il confronte les cartouches royaux, ces encadrements qui isolent certains noms, à d’autres inscriptions. Les noms de souverains grecs donnent de premières prises ; ceux de rois égyptiens plus anciens permettent de tester si la méthode fonctionne au-delà de quelques cas particuliers.
En septembre 1822, il présente sa Lettre à M. Dacier. Le texte expose une avancée capitale : les hiéroglyphes ne sont pas uniquement des symboles mystérieux ou des images à interpréter librement. Ils peuvent aussi noter des sons. Cette découverte ouvre la lecture de textes que personne ne pouvait plus consulter directement depuis de nombreux siècles.
L’image romantique d’un éclair de génie masque donc une méthode. Champollion compare, corrige et revient aux documents. Il profite du travail de copistes, de voyageurs et de chercheurs qui l’ont précédé. Sa découverte est personnelle, mais elle appartient également à une histoire collective de la recherche.
L’obélisque de Philae fait partie des documents qu’il examine. Sa méthode consiste à multiplier les comparaisons plutôt qu’à attendre qu’un monument livre seul son secret. Chaque lecture nouvelle doit rester cohérente avec les précédentes. C’est cette exigence qui donne à son résultat une portée plus grande que le déchiffrement d’un seul nom royal : elle permet d’aborder des inscriptions de nature et d’époque différentes.
Lire les murs d’Égypte
En 1828, Champollion part enfin en Égypte. Devant les monuments, il peut éprouver sa lecture sur une multitude d’inscriptions. Ce voyage lui donne aussi matière à noter, dessiner et classer. Les pierres deviennent des sources historiques : elles portent des noms, des titres, des récits et des formules rituelles que l’on peut désormais étudier.
Il meurt en 1832, à quarante et un ans. Sa Grammaire égyptienne et son Dictionnaire égyptien paraîtront après sa mort grâce au travail de son frère. Le déchiffrement ne termine pas l’enquête sur l’Égypte ancienne ; il la rend possible à une autre échelle.
La leçon de Champollion tient peut-être dans cette façon de regarder : ne pas s’arrêter à la beauté des signes, mais chercher ce qu’ils disent, à qui ils s’adressent et dans quel monde ils ont été écrits. Un temple cesse alors d’être seulement un monument. Il devient aussi un texte.
Texte et sources
Texte élaboré à partir du manuscrit du projet « Champollion, l’homme qui a écouté les pierres ». Les repères historiques ont été vérifiés à l’aide des ressources de la Bibliothèque nationale de France.