Façade du grand temple d’Abou Simbel et ses quatre colosses
Le grand temple de Ramsès II à Abou Simbel. Photothèque du projet, abou-simbel_003.jpg.

À Abou Simbel, la montagne semble s’ouvrir d’un seul coup. Quatre colosses regardent le désert ; derrière eux, la pierre s’enfonce dans l’ombre. Le lac, tout proche, rappelle pourtant que le paysage que l’on contemple aujourd’hui n’est plus celui de l’Antiquité.

La montagne devenue façade

Le grand temple fut creusé sous Ramsès II. L’une des quatre statues assises s’est brisée dans l’Antiquité ; ses fragments sont restés au pied de la façade. Rien ici n’est seulement décoratif : l’entrée annonce le souverain, les salles conduisent vers les dieux et la profondeur de la roche donne au parcours sa gravité. Au nord, un second temple est dédié à Hathor et à la grande épouse royale Néfertari.

Du soleil à la pénombre

Passé le seuil, l’espace se resserre. Les reliefs accompagnent la marche et la lumière cède peu à peu la place à l’ombre. On quitte la silhouette immense des colosses pour regarder des scènes taillées à hauteur d’homme. Le temple change alors d’échelle : ce qui paraissait être une façade dressée contre le désert devient un chemin intérieur, fait de salles successives et de regards attentifs.

Relief sculpté sur une paroi du temple d’Abou Simbel
Relief intérieur à Abou Simbel. Photothèque du projet, abou-simbel_008.jpg.

Une lumière attendue

Deux fois par an, autour du 22 février et du 22 octobre, les rayons du soleil atteignent le sanctuaire du grand temple. Les figures du fond sont éclairées, tandis que Ptah demeure dans l’ombre. Ce passage de la lumière fascine encore. Il vaut mieux le décrire tel qu’il est documenté que lui attribuer une date de naissance ou de couronnement de Ramsès II que les sources retenues ne confirment pas.

Une montagne déplacée

Le lac Nasser n’existait pas lorsque les temples furent taillés. Sa création menaçait de les submerger. Lors de la campagne internationale de sauvegarde des monuments de Nubie, Abou Simbel fut découpé, transporté et remonté plus haut. Le déplacement fait désormais partie de son histoire. Devant les façades, on regarde donc à la fois une œuvre antique et un choix de conservation accompli au XXe siècle.

Le rivage d’aujourd’hui

Petit temple d’Abou Simbel dédié à Hathor et à Néfertari
Le petit temple de Néfertari et d’Hathor. Photothèque du projet, abou-simbel_009.jpg.

En s’éloignant, les deux temples retrouvent leur place dans un paysage de roche, d’eau et de ciel. Le contraste est saisissant : des monuments conçus pour une montagne ancienne bordent désormais un lac moderne. Le voyage vers la Nubie ne s’arrête pas à cette rive. Assouan et le temple de Wadi es-Sebua racontent d’autres rencontres entre le Nil, les pierres et la sauvegarde.