Un souverain de la deuxième dynastie
Péribsen régna pendant la IIe dynastie, à une époque dont la succession royale et l’étendue des pouvoirs restent difficiles à établir. Les listes anciennes et les objets contemporains ne se recouvrent pas toujours aisément. Le roi est pourtant bien attesté par sa tombe à Abydos, des sceaux et une stèle portant son nom. Sa singularité vient d’un choix visible dans sa titulature : au-dessus du serekh, cadre figurant la façade du palais, apparaît l’animal de Seth à la place du faucon d’Horus. Ce signe invite à réfléchir au langage religieux de la royauté, sans autoriser un récit simple de rupture ou de guerre civile.
Une titulature exceptionnelle
Depuis les débuts de la monarchie, le nom royal placé dans le serekh est normalement surmonté d’Horus. Péribsen lui substitue Seth, divinité qui jouera plus tard des rôles complexes, protecteurs aussi bien que conflictuels. L’originalité de ce nom est une donnée observable sur les monuments ; son explication demeure débattue. Certains chercheurs y ont vu le signe d’une crise politique ou d’une orientation religieuse régionale. Les preuves disponibles n’établissent cependant ni un abandon général d’Horus ni une guerre entre deux camps correspondant exactement aux dieux. La valeur du témoignage réside d’abord dans le fait qu’une autre image divine pouvait représenter le souverain.
La tombe et l’enclos d’Abydos
Péribsen fut enterré dans la tombe P d’Oumm el-Qaab. Après plusieurs souverains de la IIe dynastie inhumés plus au nord, son retour à Abydos relie de nouveau la royauté à la nécropole des ancêtres. Un enclos funéraire associé se trouvait plus près des terres cultivées. Tombe souterraine et enclos formaient deux composantes distinctes d’un même paysage rituel. Les fouilles et les relevés permettent d’étudier leurs plans, leurs matériaux et leurs rapports avec les monuments plus anciens. Ils ne permettent pas de décrire avec certitude toutes les cérémonies qui s’y déroulaient. La position de Péribsen à Abydos est un fait ; le motif politique exact de ce choix n’est pas connu.
La stèle du British Museum
Une stèle trouvée dans sa tombe est conservée au British Museum. Le nom de Péribsen apparaît dans le serekh, dominé par l’animal de Seth. L’image de cette divinité a été martelée à une époque ultérieure, ce qui ajoute à l’objet une histoire postérieure au règne du roi. Cette dégradation ne doit pas être interprétée automatiquement comme une réaction de ses contemporains. La stèle est importante parce qu’elle réunit en un seul monument la titulature exceptionnelle, le contexte funéraire et les effets d’une réception ultérieure. Le matériau et la forme du monument rappellent aussi la place des stèles royales dans la signalisation des tombes d’Abydos.
Sceaux, circulation et identité du roi
Des empreintes de sceaux attribuées à Péribsen sont connues à Abydos et à Éléphantine. Elles montrent que son nom circulait dans des réseaux administratifs au-delà de son lieu de sépulture. Leur nombre et leur répartition ne suffisent pas à dresser une carte complète des régions qu’il contrôlait. La relation entre Péribsen et un autre nom royal, Sekhemib, reste discutée : il pourrait s’agir de deux souverains ou de deux noms employés par un même homme. L’identité ne peut être tranchée par simple ressemblance chronologique. Elle dépend de la comparaison des objets, des contextes de fouille et de la séquence des tombes.
La transition vers Khâsekhemoui
Le dernier roi de la IIe dynastie, Khâsekhemoui, fait figurer à la fois Horus et Seth au-dessus de son nom. Cette formule a souvent été lue comme l’image d’un apaisement après les tensions supposées du règne de Péribsen. Une telle lecture est possible, mais elle reste une interprétation. Les noms royaux ne sont pas des communiqués expliquant la politique du palais. Ils construisent une image de la souveraineté et peuvent répondre à plusieurs enjeux simultanés. Comparer les deux titulatures permet de suivre une expérimentation religieuse et politique, non de reconstituer sans autre preuve les étapes d’un conflit.
Ce qui fait l’intérêt de Péribsen
On ignore la durée sûre de son règne, ses campagnes éventuelles et les circonstances exactes de son accession. Son dossier documentaire permet néanmoins d’étudier sa titulature, sa tombe et les débats de chronologie qui entourent son règne. Il montre combien l’histoire des premières dynasties dépend de petits ensembles d’objets correctement situés. Le choix de Seth révèle une possibilité singulière dans la définition symbolique du roi. La prudence consiste à expliquer ce choix et les hypothèses qu’il a suscitées sans transformer l’incertitude en récit assuré de scission du royaume.
