Un roi qui n’était pas l’héritier
Thoutmôsis IV est le fils d’Amenhotep II et de la reine Tiâa. Il n’était pas le prince héritier désigné : d’autres fils d’Amenhotep II paraissaient mieux placés pour succéder à leur père. Les circonstances de son avènement restent obscures. Il règne ensuite une dizaine d’années, vers 1400–1390 avant notre ère, selon les chronologies. Son règne est court comparé à ceux de son père et de son fils Amenhotep III. Il est pourtant marquant, parce qu’il associe un récit de légitimité exceptionnel, la stèle du Songe, à une politique extérieure nouvelle, fondée sur l’alliance plutôt que sur la guerre.
La stèle du Songe
Le monument le plus célèbre de Thoutmôsis IV se dresse entre les pattes du Grand Sphinx de Gizeh. Cette grande stèle de granite, datée de l’an 1 du règne, raconte un rêve. Alors qu’il chassait près de Gizeh, le jeune prince s’endormit à l’ombre du Sphinx, alors en grande partie enfoui sous le sable. Le dieu lui apparut en songe et lui promit la royauté s’il le dégageait. Le bas du texte est aujourd’hui illisible. Le récit reste l’un des plus célèbres de la littérature royale égyptienne.
Un récit de légitimation
Beaucoup d’égyptologues lisent la stèle du Songe comme une justification. Un roi qui n’était pas l’héritier désigné affirme avoir été choisi directement par un dieu. Le Sphinx y est honoré comme une forme d’Horus de l’horizon, et la région memphite occupe une place centrale. La stèle confirme aussi que le Sphinx fut dégagé et restauré à cette époque. Le monument rappelle que les pharaons du Nouvel Empire regardaient déjà les monuments de Gizeh, vieux de plus de mille ans, comme un héritage sacré.
L’alliance avec le Mitanni
Sous Thoutmôsis IV, la paix avec le Mitanni, amorcée sous son père, devient une alliance. Le roi épouse une fille du souverain mitannien Artatama Ier. Une lettre retrouvée à Amarna, écrite plus tard par un roi du Mitanni, rappelle que Menkhéperourê, nom de couronnement de Thoutmôsis IV, avait demandé cette princesse à plusieurs reprises avant de l’obtenir. Ce mariage ouvre une période de diplomatie entre grandes cours du Proche-Orient, que les lettres d’Amarna documenteront sous Amenhotep III et Akhenaton.
Nubie et grands monuments
Thoutmôsis IV réprime en l’an 8 un soulèvement en Nubie, comme le rapporte une stèle gravée à Konosso, près d’Assouan. À Karnak, il achève un obélisque commencé par Thoutmôsis III, qui était resté inachevé. Ce monument, le plus haut obélisque égyptien connu, se trouve aujourd’hui à Rome, sur la place du Latran. Le buste de granite rose retrouvé à Médamoud et conservé au Louvre, daté de son règne, a servi de modèle au portrait de cette page. Il ne porte pas d’inscription nominative, mais le catalogue du musée le rattache à son époque.
La tombe KV43
Thoutmôsis IV est enterré dans la Vallée des Rois, dans la tombe KV43, découverte en 1903 par Howard Carter. Le mobilier funéraire avait été pillé dès l’Antiquité, mais la tombe conservait encore la caisse d’un char et de nombreux objets. Une inscription laissée dans la tombe sous le règne d’Horemheb rappelle qu’elle fut inspectée et remise en ordre après un premier pillage. La momie du roi n’y était plus : elle a été retrouvée en 1898 dans la cachette royale de la tombe d’Amenhotep II, KV35.
Ce que révèle ce règne
Le règne de Thoutmôsis IV fait le lien entre l’Égypte conquérante de Thoutmôsis III et l’Égypte prospère et diplomatique d’Amenhotep III. La stèle du Songe montre l’importance du récit religieux pour légitimer un roi, et le mariage mitannien annonce le monde des lettres d’Amarna. Sa femme Moutemouia sera la mère d’Amenhotep III, sous lequel l’Égypte connaîtra l’un des sommets de sa richesse. Court et souvent éclipsé, ce règne prépare pourtant l’un des âges les plus brillants de l’histoire égyptienne.
