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Néfernéférouaton, une souveraineté au cœur des énigmes d’Amarna

Image symbolique : trois silhouettes royales sans visage, coiffées de la couronne blanche, du némès et de la couronne rouge
Image symbolique commune aux souverains sans portrait individuel : elle ne représente pas le visage de ce souverain. Couronnes d’après la statue de Sésostris Ier et le relief d’Ahmôsis, Metropolitan Museum of Art.

Un nom royal dans une succession obscure

Néfernéférouaton désigne un souverain de la fin de la période amarnienne, associé au nom de couronnement Ânkhkhéperourê. Sa place exacte entre Akhenaton et Toutankhamon, la durée de son pouvoir et son identité personnelle restent débattues. Le nom évoque celui de Néfertiti, qui se faisait appeler Néfernéférouaton Néfertiti, mais une ressemblance nominale ne suffit pas à établir une identité. D’autres hypothèses font intervenir Mérytaton ou distinguent plus nettement Néfernéférouaton du roi Smenkhkarê. Les publications anciennes ont parfois confondu ces figures. Un article rigoureux doit partir des cartouches conservés, de leurs épithètes et de leurs contextes matériels, puis exposer les interprétations avec des degrés de certitude. La période est courte, mais ses enjeux de succession sont considérables.

Le problème de Smenkhkarê

UCL Digital Egypt présente Smenkhkarê comme un souverain attesté par des anneaux d’Amarna et souligne l’incertitude de son rapport avec Néfertiti et Néfernéférouaton. Les deux noms de couronnement peuvent se ressembler ou se recouvrir dans des documents fragmentaires, ce qui a nourri plusieurs reconstructions. La question n’est pas seulement de savoir combien de souverains régnèrent, mais de dater leurs inscriptions et d’identifier les épithètes ajoutées aux cartouches. Une copie ancienne, une lecture photographique et l’examen direct d’un objet peuvent conduire à des conclusions différentes. L’état des preuves interdit une suite de portraits assurés. La distinction méthodique entre noms de naissance, noms de couronnement et titres féminins est la condition préalable de toute biographie.

Néfertiti, une candidate majeure

Néfertiti est bien attestée comme grande épouse royale d’Akhenaton. Des objets et des représentations la nomment Néfernéférouaton Néfertiti. Elle apparaît dans les scènes du culte d’Aton et dans la famille royale. Cette position rend plausible, pour beaucoup d’égyptologues, son identification avec un souverain portant le nom Néfernéférouaton. Elle ne prouve pas automatiquement qu’elle ait porté tous les cartouches attribués à cette figure, ni qu’elle ait régné seule après Akhenaton. Les spécialistes examinent les formules qui semblent désigner une femme et celles qui relient le souverain à Akhenaton. Ils confrontent aussi ces textes à la dernière attestation datée de Néfertiti comme reine. Le dossier demeure ouvert parce que les inscriptions les plus décisives sont rares.

La famille royale et les autres hypothèses

La famille d’Akhenaton comprenait plusieurs filles dont les noms et les titres évoluèrent pendant les dernières années du règne. Mérytaton, l’aînée, joue un rôle important dans certaines reconstructions de la succession. Son existence et son statut de princesse sont attestés ; l’identifier à Néfernéférouaton est une proposition qui exige des arguments supplémentaires. L’usage de plusieurs noms théophores contenant Aton complique le débat. Les objets peuvent également avoir été réinscrits ou déplacés. Chaque hypothèse doit donc expliquer l’ensemble des inscriptions disponibles sans multiplier les personnages ou les transformations à volonté. Cette discipline est indispensable pour éviter qu’une lacune de deux ou trois années ne devienne une fiction politique trop détaillée.

Les objets de la tombe de Toutankhamon

Des chercheurs ont proposé que certains équipements funéraires de Toutankhamon aient été préparés d’abord pour un autre souverain de la fin d’Amarna. Les traces de reprises de noms, les dimensions et l’iconographie constituent des indices à examiner. Ils ne démontrent pas seuls à qui appartenait chaque objet avant son dépôt dans KV62. Les archives photographiques et les fiches de fouille de Howard Carter, conservées par le Griffith Institute d’Oxford, sont essentielles pour reprendre le dossier sans perdre les provenances. La tombe donne un terminus concret à la succession, mais elle est aussi un assemblage constitué dans l’urgence après la mort d’un jeune roi. Les réemplois possibles doivent être prouvés pièce par pièce.

Amarna abandonnée, les preuves dispersées

Après Akhenaton, la cour quitta progressivement Akhetaton et les monuments d’Aton furent démontés. Cette transformation dispersa les inscriptions susceptibles d’éclairer Néfernéférouaton. Des anneaux, blocs et objets de tombe sont restés, mais rarement sous la forme d’archives complètes. L’archéologie d’Amarna montre la ville et ses habitants ; elle ne permet pas toujours de dater chaque phase de l’abandon à un règne particulier. Les noms martelés ou réutilisés créent des difficultés supplémentaires. La chronologie doit donc combiner des années inscrites, la stratigraphie et la comparaison des titulatures. Les écarts entre listes modernes reflètent cette pauvreté documentaire, non une simple négligence des chercheurs.

Un article sur la façon d’établir un règne

Néfernéférouaton mérite un article précisément parce que son dossier expose les limites de l’identification historique. Des noms et des objets attestent une souveraineté à la fin d’Amarna, mais les liens avec Néfertiti, Smenkhkarê et Mérytaton continuent d’être discutés. L’intérêt n’est pas de choisir une solution séduisante puis de la présenter comme acquise. Il est de montrer quels textes soutiennent chaque proposition, quelles preuves manquent et pourquoi la restauration politique sous Toutankhamon suit un passage de pouvoir complexe. Un tel portrait reste détaillé sans inventer de campagnes ou de grands chantiers. Il rend visible un moment où l’institution pharaonique survit à une réforme radicale tandis que la documentation se fragmente.

Sources principales