Le fils de Thoutmôsis III
Amenhotep II est le fils de Thoutmôsis III et d’une épouse secondaire, Mérytrê-Hatchepsout. Il n’était pas le fils aîné : un frère, Amenemhat, avait d’abord été désigné comme héritier avant de disparaître. Associé au trône par son père pendant un peu plus de deux ans, Amenhotep II règne ensuite seul pendant environ vingt-six ans, vers 1427–1401 avant notre ère. Il hérite d’un empire construit par les campagnes de son père, du Soudan actuel jusqu’à l’Euphrate. Son règne est souvent résumé par l’image d’un roi athlète et guerrier, image qu’il a lui-même soigneusement construite.
Un roi athlète
Plus qu’aucun autre pharaon, Amenhotep II met en avant ses prouesses physiques. Une grande stèle érigée près du Grand Sphinx de Gizeh raconte qu’il est monté sur le trône à dix-huit ans et vante sa force : il ramait plus longtemps que ses équipages, dressait les chevaux de l’écurie royale et tirait à l’arc à travers des cibles de cuivre. Le Metropolitan Museum rappelle qu’il se glorifiait d’être chasseur, archer et conducteur de char. Ces récits relèvent de la propagande royale. Ils montrent comment un jeune roi affirme son autorité en se présentant comme le plus fort de son royaume.
Les campagnes en Syrie
Dès l’an 3 de son règne, Amenhotep II mène une campagne au Proche-Orient pour maintenir l’autorité égyptienne sur les cités syriennes. Des stèles, notamment celle du temple d’Amada en Nubie, racontent qu’il tua de sa main sept princes rebelles et fit suspendre leurs corps à la proue de son navire. Six furent exposés sur les murs de Thèbes, le septième envoyé en Nubie, pour servir d’avertissement. D’autres campagnes suivent en l’an 7 et en l’an 9. Les stèles de Memphis et de Karnak énumèrent des butins et des prisonniers dont les chiffres doivent être lus avec prudence.
La paix avec le Mitanni
Le grand adversaire de l’Égypte au Proche-Orient est alors le royaume du Mitanni, en haute Mésopotamie. Après les campagnes d’Amenhotep II, les deux puissances cessent de s’affronter. Les textes égyptiens présentent le Mitanni venant demander la paix, selon le langage habituel de la victoire royale. Dans les faits, un équilibre s’installe. Cette paix sera consolidée sous ses successeurs par des mariages diplomatiques. Le règne d’Amenhotep II marque ainsi le passage d’une période de conquêtes à une période de diplomatie entre grandes puissances.
Constructions et temples
Amenhotep II poursuit les chantiers de ses prédécesseurs. En Nubie, il achève le temple d’Amada, où il place sa stèle de campagne. À Karnak, il intervient dans le temple d’Amon et ajoute plusieurs monuments. À Gizeh, il fait construire un petit temple près du Sphinx, alors honoré comme une forme du dieu Horus. Ce choix reflète l’attachement de la cour à la région memphite, où le jeune prince avait grandi. Ces travaux ne rivalisent pas avec ceux de son père ou de son petit-fils Amenhotep III, mais ils montrent un roi présent dans tout le pays.
La tombe KV35 et la cachette royale
Amenhotep II est enterré dans la Vallée des Rois, dans la tombe KV35, découverte par Victor Loret en 1898. Sa momie y reposait encore dans son propre sarcophage, fait rare pour un roi du Nouvel Empire. La tombe avait aussi servi, vers la fin du Nouvel Empire, de cachette pour les momies d’autres rois, déplacées par les prêtres pour les protéger des pillards : on y a retrouvé notamment Thoutmôsis IV, Amenhotep III et plusieurs Ramessides. Depuis 2021, la momie d’Amenhotep II est exposée au Musée national de la civilisation égyptienne, au Caire.
Ce que révèle ce règne
Le portrait d’Amenhotep II transmis par ses monuments est celui d’un roi fort et victorieux. Derrière ce discours, son règne marque une transition. Il conserve l’empire de Thoutmôsis III, mais il ouvre aussi la voie à la paix avec le Mitanni, qui caractérisera les règnes suivants. La tête conservée au Metropolitan Museum, qui a servi de modèle au portrait de cette page, montre d’ailleurs un visage jeune et serein, loin de la brutalité de certaines inscriptions. Son fils Thoutmôsis IV, qui n’était pas l’héritier prévu, lui succède.
