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Sobeknéférou et la fin de la douzième dynastie

Portrait au trait de Sobeknéférou
Portrait au trait d’après : Photographie de 1914 du buste royal féminin Berlin ÄM 14475, disparu durant la Seconde Guerre mondiale.

Une femme exerçant la royauté

Sobeknéférou, également appelée Néférousobek, règne à la fin de la XIIe dynastie. Elle porte une titulature royale complète et figure parmi les femmes dont l’exercice du pouvoir pharaonique est attesté par des monuments contemporains. La durée et les modalités exactes de son gouvernement restent discutées ; on ne sait pas avec certitude si elle régna toujours seule ou si une association avec Amenemhat III ou Amenemhat IV doit être envisagée. Sa tombe n’a pas été identifiée. Les vestiges conservés sont moins nombreux que ceux d’Hatchepsout, mais ils suffisent à écarter l’idée d’un personnage seulement légendaire. Son histoire demande une attention particulière aux titres, aux lieux de découverte et aux limites des reconstructions dynastiques.

Une titulature qui affirme l’autorité

Sobeknéférou emploie les noms royaux qui définissaient la souveraineté égyptienne. Son nom de couronnement, Sobekkarê, associe les divinités Sobek et Rê ; un fragment de relief de Hawara montre son nom accompagné du titre de « fille de Rê ». Cette formule est importante parce qu’elle adapte au féminin un élément essentiel de la titulature royale. Elle ne doit pas être isolée du reste des noms et épithètes : l’autorité s’exprimait par un ensemble de signes, de rites et de monuments. Les inscriptions montrent comment une femme pouvait occuper la fonction de roi tout en marquant son identité dans certaines formes du langage officiel. Elles ne livrent toutefois pas ses décisions quotidiennes ni une théorie complète de la succession.

Hawara et la mémoire du Fayoum

Le relief portant le nom de Sobeknéférou trouvé à Hawara relie son dossier à la région du Fayoum, fortement marquée par le programme d’Amenemhat III. Cette proximité géographique ne permet pas d’attribuer automatiquement à la reine tous les travaux du complexe de son prédécesseur. Elle montre qu’elle s’inscrivait dans un paysage royal déjà chargé de mémoire. Les fragments de pierre doivent être datés et replacés selon leur contexte de découverte, car un bloc peut être déplacé ou remployé. L’attestation de Hawara reste précieuse : elle donne une preuve matérielle de la titulature et de la présence symbolique de la souveraine dans une région centrale pour la fin de la XIIe dynastie.

Les statues de Qantir

Des statues attribuées à Sobeknéférou furent trouvées à Qantir, dans le Delta oriental. Leur existence élargit la carte des attestations au-delà du Fayoum. Les sculptures royales ne se limitaient pas à reproduire les traits d’une personne ; elles rendaient le souverain présent dans des cadres politiques et religieux. Leur état fragmentaire et leur histoire de déplacement imposent de la prudence pour restituer leur emplacement initial. Elles confirment néanmoins que le règne ne se résume pas à une entrée de liste royale. La reine disposait d’images officielles capables de porter sa titulature et de participer à la représentation de l’État. Leur étude complète celle des reliefs et des sceaux, même lorsque l’architecture associée a disparu.

Une tombe encore inconnue

La sépulture de Sobeknéférou n’a pas été identifiée avec certitude. Plusieurs attributions de monuments ont été discutées, mais l’absence d’une inscription décisive interdit de présenter l’une d’elles comme établie. Cette lacune contraste avec les pyramides bien connues de certains souverains de la XIIe dynastie. Elle peut tenir à la perte des édifices, à leur localisation dans des régions moins bien conservées ou à l’histoire des fouilles. Elle ne prouve pas que la reine ait été privée de rites funéraires royaux. La distinction entre tombe inconnue et tombe inexistante est essentielle. Elle évite de transformer un manque de documentation archéologique en récit politique sur la fin de la dynastie.

La transition vers la treizième dynastie

Sobeknéférou est souvent présentée comme le dernier souverain de la XIIe dynastie. Les listes royales et les chronologies modernes rendent cette position visible, mais les modalités concrètes du passage à la XIIIe dynastie restent mal connues. On ne peut pas attribuer à son règne, faute de preuve, l’ensemble des transformations politiques qui suivirent. La comparaison de ses monuments avec ceux des souverains voisins permet plutôt de mesurer les continuités de la titulature et de l’administration. La question de ses liens familiaux avec Amenemhat III et Amenemhat IV a donné lieu à diverses hypothèses. Seuls les documents contemporains peuvent en fixer les limites ; les reconstructions généalogiques ne doivent pas devenir des certitudes répétées sans source.

Une place historique singulière

Sobeknéférou est importante à deux titres. Elle montre qu’une femme pouvait exercer la royauté pharaonique avec les noms et les images officiels de cette fonction. Elle permet aussi d’étudier une fin de dynastie dont les sources sont moins abondantes que les grands monuments des règnes précédents. Son dossier réunit une titulature, des reliefs, des statues et des questions ouvertes sur la succession et la sépulture. Le comparer à celui d’Hatchepsout peut être utile, à condition de ne pas mesurer la réalité de son pouvoir au seul nombre de monuments conservés. L’histoire de Sobeknéférou repose sur des preuves modestes mais décisives, et sur la reconnaissance claire de ce qu’elles ne permettent pas encore de conclure.

Sources principales