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Ounas et les premiers Textes des pyramides

Image symbolique : trois silhouettes royales sans visage, coiffées de la couronne blanche, du némès et de la couronne rouge
Image symbolique commune aux souverains sans portrait individuel : elle ne représente pas le visage de ce souverain. Couronnes d’après la statue de Sésostris Ier et le relief d’Ahmôsis, Metropolitan Museum of Art.

Le dernier roi de la cinquième dynastie

Ounas est généralement considéré comme le dernier souverain de la Ve dynastie. Sa pyramide, construite à Saqqarah près du complexe de Djoser, est célèbre pour les formules gravées sur ses parois intérieures : elle offre le plus ancien ensemble connu des Textes des pyramides. Cette innovation documentaire domine souvent le portrait du règne, mais le roi est également attesté par des inscriptions, des objets et les tombes de personnages de son entourage. Les dates absolues restent approximatives et la frontière entre Ve et VIe dynasties provient de reconstructions historiques postérieures. L’intérêt d’Ounas tient à la fois à sa fondation funéraire, à la diffusion de son nom et à une transformation décisive de l’écriture religieuse royale.

Une pyramide de taille modeste

La pyramide d’Ounas n’a pas l’échelle des grands monuments de Gizeh. Elle s’inscrit toutefois dans un complexe complet associant temple funéraire, chaussée, temple de la vallée et espaces destinés au culte. Sa taille ne doit pas masquer le soin accordé à l’organisation des bâtiments et à la décoration. Les études de la chaussée et des temples montrent que l’expérience du visiteur ancien passait par une suite d’espaces porteurs d’images et de rites. Le monument a subi des destructions et des réemplois ; sa lecture dépend des fouilles et des publications qui replacent les blocs dans leur contexte. Il serait réducteur d’opposer une pyramide « petite » à un règne supposé sans ambition, puisque l’investissement portait aussi sur les textes et les lieux de cérémonie.

Les formules gravées dans les chambres

À l’intérieur de la pyramide, les parois portent des textes religieux que les égyptologues nomment Textes des pyramides. Ces formules devaient aider le roi mort à rejoindre les puissances divines, à être protégé et à poursuivre son existence. Elles n’ont pas toutes été composées pour Ounas : leur inscription constitue le premier témoignage monumental conservé d’un répertoire dont certains éléments peuvent être plus anciens. Cette distinction est essentielle. L’apparition des textes sur les murs ne permet pas de dater l’invention de chacune des croyances qu’ils expriment. Leur disposition dans les chambres et les passages montre cependant que l’écriture participe désormais de façon visible à la protection funéraire du souverain.

Une tradition poursuivie après lui

Les successeurs d’Ounas, notamment Téti et les rois de la VIe dynastie, feront eux aussi inscrire des Textes des pyramides dans leurs tombeaux. Certaines reines recevront plus tard des formules comparables. Au Moyen Empire, une partie de ce répertoire sera reprise sur des cercueils et dans d’autres contextes. Ounas occupe donc une place importante dans l’histoire de la transmission religieuse, sans qu’il faille lui attribuer personnellement la rédaction de l’ensemble des textes. L’étude des variantes permet de suivre les transformations des formules au fil des siècles. Leur longue postérité rappelle que les choix opérés dans un monument royal pouvaient influencer des pratiques bien au-delà de la durée de son règne.

Les attestations hors de Saqqarah

Le nom d’Ounas figure sur une inscription rupestre près d’Assouan et sur des objets trouvés à Éléphantine et à Byblos. Des biographies de particuliers à Saqqarah le mentionnent aussi. Ces sources donnent une géographie plus vaste que celle de sa pyramide. Elles ne suffisent pas à raconter une politique extérieure complète : un vase déplacé peut avoir circulé par échange ou avoir été réutilisé bien après sa fabrication. L’inscription d’Assouan documente plus directement une présence officielle dans le sud, mais elle doit être lue selon sa formule et son contexte. Les tombes de dignitaires, quant à elles, replacent le roi dans un milieu de cour dont les carrières se poursuivaient parfois d’un règne à l’autre.

La fin d’une dynastie sans rupture automatique

Le classement d’Ounas comme dernier roi de la Ve dynastie est commode pour organiser la chronologie. Il ne signifie pas que les Égyptiens aient vécu sa mort comme une coupure institutionnelle nette. Téti, placé au début de la VIe dynastie, reprend la pratique des textes funéraires et construit lui aussi à Saqqarah. La transition doit donc être étudiée à partir des titulatures, des tombes et des carrières de fonctionnaires, plutôt qu’à partir d’une frontière numérotée seule. Les liens familiaux exacts et les circonstances de la succession restent discutés. Le monument d’Ounas illustre à la fois une continuité architecturale avec la royauté de l’Ancien Empire et l’émergence d’un nouvel usage monumental de l’écriture.

Une influence qui dépasse son règne

Le dossier d’Ounas montre comment un souverain peut avoir une importance historique majeure sans que ses campagnes ou ses décisions politiques soient racontées en détail. La pyramide rend visibles des textes qui deviendront une référence fondamentale pour l’étude de la religion funéraire égyptienne. Les objets et inscriptions extérieurs montrent que son nom circulait au-delà de Saqqarah, tandis que les tombes privées révèlent des liens avec la cour. L’influence du règne tient surtout à la conservation d’un programme de protection écrite du roi mort, repris et transformé par d’autres générations. La prudence consiste à décrire ce que le monument atteste, sans confondre première inscription conservée et première création de la tradition.

Sources principales