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Djédefrê et le complexe royal d’Abou Rawach

Portrait au trait de Djédefrê
Portrait au trait d’après : Tête de Djédefrê, musée du Louvre, E 12626.

Un successeur de Khéops

Djédefrê, aussi appelé Rêdjédef, appartient à la IVe dynastie et succède à Khéops. Les sources le présentent comme un fils de ce dernier, mais la durée de son règne et sa place exacte dans les relations familiales ont donné lieu à des interprétations divergentes. Les chronologies synthétiques lui accordent parfois un règne court ; la mission de l’Institut français d’archéologie orientale à Abou Rawach a proposé de le réévaluer à partir du temps nécessaire à l’achèvement probable de son complexe. Il importe donc de ne pas transformer un chiffre conventionnel en certitude. Son monument et la nécropole de son entourage permettent de reconsidérer un souverain longtemps jugé marginal.

Pourquoi Abou Rawach ?

Alors que Khéops bâtit à Gizeh, Djédefrê choisit le haut plateau d’Abou Rawach, plus au nord-ouest, pour son complexe funéraire. Le nom ancien du lieu peut être traduit par « le Firmament de Rêdjédef ». Ce déplacement ne démontre pas à lui seul une rupture avec sa famille ou une opposition à la cour de Gizeh. Il s’inscrit dans les choix possibles de la nécropole memphite, où chaque règne cherchait un emplacement propre. La topographie rocheuse d’Abou Rawach offrait aussi des possibilités de construction particulières. La question historique est donc celle de l’usage du site et de son programme, plutôt que la recherche automatique d’une querelle dynastique.

Une pyramide fortement détruite

Le monument visible aujourd’hui est très bas et a longtemps été présenté comme une pyramide inachevée. Les fouilles conjointes de l’IFAO et de l’université de Genève ont montré l’importance du démantèlement et de l’exploitation de la pierre, notamment à l’époque romaine. Le noyau intégrait une masse rocheuse naturelle ; les fondations, la descenderie et les parties conservées des infrastructures permettent de restituer un projet d’environ 106 mètres de côté. L’achèvement du monument est jugé vraisemblable par les fouilleurs, mais les élévations disparues ne peuvent être observées directement. La ruine actuelle témoigne donc autant de l’histoire de la destruction que de celle de la construction.

Un complexe organisé pour le culte

Autour de la pyramide, les recherches ont retrouvé des enceintes, un accès, une chaussée, des bâtiments cultuels, des magasins et des espaces associés à la famille royale. Ces vestiges contredisent l’image d’un chantier abandonné sans fonction. Ils montrent un programme funéraire destiné à accueillir des pratiques et des personnels, même si l’usage précis de chaque salle reste discuté. Des fragments de statues en quartzite portant le nom du roi ont assuré l’attribution du complexe. La sculpture royale prenait place dans un cadre architectural aujourd’hui très amputé. La reconstruction d’ensemble dépend de l’étude conjointe des fondations, des objets déplacés et des archives de fouille.

La famille et la nécropole d’élite

À proximité du monument se trouve une nécropole de mastabas de la IVe dynastie. Les fouilles ont montré qu’elle appartenait au milieu de cour de Djédefrê, et non à un cimetière provincial beaucoup plus tardif comme on l’avait pensé. Des membres de la famille royale y étaient enterrés. Une petite pyramide satellite du complexe semble avoir connu plusieurs usages, avec un remploi funéraire féminin proposé par les fouilleurs. Ces données donnent au règne un entourage social et rituel tangible. Elles rendent peu convaincante l’idée d’un roi entièrement effacé par ses successeurs, même si les modalités des successions restent mal connues.

Comment l’image du roi a changé

Les premières fouilles de la face orientale, au début du XXe siècle, découvrirent les fragments de statues qui fixèrent l’attribution à Djédefrê. Les campagnes plus récentes ont ensuite repris les infrastructures, les enceintes et les cimetières voisins. Cette histoire de la recherche est décisive : l’interprétation d’un règne court et d’une pyramide inachevée reposait en partie sur l’apparence trompeuse d’un monument devenu carrière. La révision archéologique ne signifie pas que tous les problèmes soient résolus. Elle montre plutôt comment des données nouvelles peuvent modifier une biographie royale construite à partir d’un site longtemps mal connu.

Un règne à réévaluer avec mesure

Djédefrê ne nous a pas laissé d’annales détaillées, et plusieurs points de sa chronologie demeurent ouverts. Son choix d’Abou Rawach, la construction sur un noyau rocheux, le temple et l’entourage funéraire offrent cependant des données solides sur son règne. Il faut distinguer l’hypothèse d’une pyramide probablement achevée de la certitude de son attribution au roi. Ces vestiges aident aussi à comprendre pourquoi les durées de règne proposées par les listes anciennes et par l’archéologie divergent. L’enjeu n’est pas de remplacer une légende noire par une légende favorable, mais d’expliquer les faits et les incertitudes qui rendent ce souverain historiquement intéressant.

Sources principales